Passion

Comment peut-on considérer qu’une personne (terme volontairement non genré) qui choisir de rester chez elle (pour s’occuper de ses enfants, entrer dans le monde associatif ou bricoler dans son garage) est inactive ?

Au bout d’une année seulement, si elle n’est pas inscrite au chômage (c’est-à-dire qu’elle choisit de ne pas vouloir donner du temps à une entreprise), elle perd son numéro de sécurité sociale, cessant ainsi presque d’exister aux yeux de la société.

Comment notre société peut-elle considérer cette personne comme inutile au point de la rejeter de la sorte ?

Vaut-il mieux que nos enfants soient placés en troupeaux de vingt, pris en charge par trois éducateurs qui ne leur consacreront que dix minutes dénuées d’amour par jour ? Ou bien qu’un de leur parent (terme non genré et très générique, n’obligeant pas à un lien du sang), aimant et attentionné, lui consacre son temps et son attention ?

Soyons clair : je parle bien ici d’un choix de la part du parent, une volonté personnelle de s’occuper de sa progéniture, pas d’une obligation, qu’elle soit financière, sociale, religieuse, sociétale ou autre.

Vaut-il mieux forcer la population à aller s’ennuyer et se stresser dans un bureau ou bien leur permettre de s’épanouir pleinement dans une passion, quelle qu’elle soit ? Qu’est-ce qui serait plus productif pour la société ?

Je fais partie des privilégiés qui sont payés en fonction de leurs compétences et non de leur poste. Je peux changer de lieu de travail sans que mon salaire ne varie. Je suis fonctionnaire.

J’aimerais que ce système soit étendu à l’intégralité des êtres humains. Je suis bien consciente que le gouvernement pousse dans le sens opposé.

Certains trouveront cette idée ridicule. Après tout, c’est n’importe quoi ! On est payé en fonction de ce qu’on produit, de notre temps de travail, pas de nos compétences ? D’ailleurs, les fonctionnaires sont des fainéants qui ne foutent rien de leur journée. Ça serait créer des milliards de je-m’en-foutiste. Je vous répondrai : Venez prendre ma place, ne serait-ce qu’une semaine. Je suis sûre que vous changerez d’avis. Ensuite, ce système qui fournit un salaire ridicule comparé aux études favorise la venue de personnes passionnées qui, du coup, ne comptent pas leurs heures et produisent de ce fait davantage que les ingénieurs mieux payés qui s’ennuient à mourir. Lequel des deux est le plus productif ?

D’autres trouveront cette idée dangereuse. Payer les gens selon leurs compétences et non leur temps de travail ? Cela signifie les payer même si elles glandent sur leur canapé devant la télévision ou sur leur manette de jeu vidéo ? C’est gaspiller l’argent du contribuable. L’État n’aura jamais assez d’argent ! Ça sera la ruine. Je dis non. Déjà, si tout le monde reçoit de l’argent « gratuite » en fonction de ses compétences, cela donnera à tout le monde l’envie d’être compétent, de se trouver, de se mettre en valeur. Cuisine, danse, sport, comptabilité, éloquence, mécanique, toute compétence sera ainsi mise en valeur, permettant à chacun d’exprimer ses capacités et d’enfin se sentir reconnu. Ensuite, ce système implique la disparition des aides (RSA, chômage, retraite, APL…) puisqu’il est remplacé par ce salaire universel. Cela signifie aussi que toutes les personnes qui sont payées à gérer ces aides n’auront plus lieu d’être et pourront enfin produire autre chose, ce qu’elles aiment réellement faire.

Le salaire universel est une idée ridicule, voir dangereuse ? Pas grave. Comme dirait Idriss Aberkane, toute idée révolutionnaire est d’abord ridicule puis dangereuse avant de devenir évidente. Non pas que cela implique toute idée ridicule et dangereuse soit forcément révolutionnaire, rassurez-vous, il existe des idées à la con qui le resteront. À quelle catégorie appartient le salaire universel ? L’avenir le dira.

Vous me direz : super, et qui décide de votre niveau de compétence ? Comment on le décrète ? Selon quels critères ? Quel salaire associer ? Voilà ma réponse : Je ne suis pas experte dans ce domaine. Quelqu’un comme Bernard Friot vous répondra beaucoup mieux que moi. Et puis, au lieu de me poser ces questions à moi, posez-les vous, impliquez-vous ? Comment aimeriez-vous que soient déceler vos compétences ? Comment aimeriez-vous qu’elles soient prises en compte ? Quel niveau salarial souhaiteriez-vous ? Quel écart salarial maximum serait acceptable ?

Je précise que ce salaire universel, versement effectué par l’État par rapport à votre niveau de compétence, ne serait qu’une base. Vous pourriez évidemment toujours produire (des choses tangibles ou non. La production peut être un frigo – mais dans ce cas, pourquoi ne pas laisser une machine le faire pour vous, votre cerveau humain est sûrement capable de bien mieux, mais également une hypothèse, une intuition, une découverte, une innovation, une symphonie, un tableau, une batterie révolutionnaire) et gagner de l’argent grâce à votre production (qui serait taxée par l’État bien évidemment).

Le retraite ne serait plus vue comme un moment d’inactivité. Les personnes âgées, très actives dans le milieu associatif et politique, n’apportent-elles réellement rien à votre société ? Ces actions ne méritent-elles pas d’être reconnues et valorisées ?

Les étudiants n’ont-ils pas déjà des compétences méritants d’être vues ? Pourquoi les obliger à vendre des hot-dogs alors qu’ils pourraient utiliser ce temps à mettre en valeur leurs compétences déjà acquises au service de la société ? Il suffirait d’un coup de pouce, et le salaire universel le serait.

J’avoue que je ne suis pas une experte en économie. Je sais par exemple que le seuil de pauvreté est placé à 60 % du salaire médian d’un pays. Le salaire médian est celui atteint par la moitié de la population. Si la moitié de la population gagne 2000 € par mois, vous êtes donc pauvre si vous gagnez moins de 60 % de cette valeur (soit 1200 € dans cet exemple). Ainsi, si tout le monde gagne davantage d’argent, le nombre de pauvre de change pas (ce n’est donc pas au augmentant les revenus de tout le monde que vous changerez quoi que ce soit à la pauvreté). Je suppose que la raison en est que si tout le monde gagne plus, les prix (des objets mais aussi de l’immobilier ou quoi que ce soit d’autre) augmenteront de la même manière.

Sauf que le salaire universel ne propose pas d’augmenter tout le monde mais uniquement de rémunérer les gens même « inactifs » (personne à mes yeux ne l’est, vous l’aurez compris, à part peut-être une personne dans le coma et encore, souvent quand ces personnes se réveillent, elles ont une envie de vivre et de faire changer la société tellement importante qu’elles rattrapent le temps « perdu ») en fonction de leurs compétences. Certains gagneront donc moins parce qu’enfin libérés de l’obligation d’aller travailler pour survivre, ils pourront enfin se tourner vers leur passion, peut-être bien moins rémunératrice que leur travail mais au combien valorisante pour leur esprit et permettant enfin leur épanouissement. Alors oui, ils ne pourraient plus changer de voiture tous les deux ans et avoir le nouveau téléphone portable à la mode ? Et alors ? Pensez-vous sérieusement que nous serions moins heureux sans toutes ces choses ou bien ne sont-elles là que pour combler un manque ?

Et si c’est cela que nous visions ? Non plus la production, le travail rébarbatif, le stress, le « métro, boulot, dodo »… Et si notre temps n’était consacré qu’à nos passions ? Que feriez-vous de vos journées si vous n’aviez plus peur d’avoir faim, ni d’avoir froid ? Combien quitteraient immédiatement leur travail (rassurez-vous, il sera probablement pris par quelqu’un d’autre dont c’est la passion, car oui, même si cela vous dépasse, il y a des gens qui adoreraient vraiment être à votre place) ? Combien passeraient à mi-temps pour continuer à faire ce qu’ils font, parce que, comme moi, leur travail est une passion, mais qu’ils en ont une autre qu’ils négligent seulement par peur d’être dans le rouge au milieu de mois ?

C’est ridicule, voir dangereux ? Pas de soucis. C’est peut-être parce que c’est révolutionnaire.

5 commentaires sur “Passion

  1. Idée intéressante si on part du principe que 99% d’une société va jouer le jeu.
    Qu’en est-il de celles et ceux qui ne souhaitent rien produire et se contenter de vivre aux crochets de la société ? Et de celles et ceux dont le but dans la vie n’est que d’avoir plus que les autres pour se sentir important ? Et il y a d’autres exemples encore qu’on pourrait citer.
    La majorité des gens aime pouvoir classer rapidement les gens dans des catégories. C’est pour cette raison que les recrutements en France sont toujours basés sur un système de diplômes qui ne sont plus représentatifs: les idiots qui n’ont pas le bac, les médiocres qui n’ont que le bac, les moyens qui ont bac+2, etc. (c’est bien entendu ironique).
    Il en va de même pour le salaire: il faut que le prolo soit suffisamment instruit et gagne juste assez bien sa vie pour être un consommateur (Cf. Le livre de Jean-Paul Brighelli), que le « classe moyenne » soit un peu plus instruit et puisse être un consommateur plus intéressant et que les riches puissent aller dans de belles écoles privées et défiscaliser 🙂
    Lorsque j’étais encore militaire, on disait de façon humoristique que dans notre milieu, il était simple de définir qui était l’abruti et qui était le con du premier coup d’œil: tout les grades inférieur à soi sont des abrutis et tous les grades supérieurs sont des cons 🙂
    Le principe d’un revenu universel viendrait remettre en cause ces catégories dont les gens ont besoin.
    Pour la partie Métier-passion, je doute qu’on trouve beaucoup d’éboueurs passionnés, d’hôtesses de caisse passionnées, etc. Nombre de métiers indispensables à notre société sont rébarbatifs et ne trouveraient plus preneurs et ne peuvent être remplacés par des machines.
    Je vous rejoins toutefois sur l’idée que vivre de sa passion serait vraiment l’idéal et que je serais prêt à réduire immédiatement mon salaire pour pouvoir le faire (vous l’aurez compris: mon métier n’est pas du tout ma passion).

  2. Que j’aimerais ça…
    Pouvoir être à la maison, sans l’inquiétude de ne pas savoir la payer…
    M’occuper vraiment de mes enfants en leur accordant un temps à 100% et non pas pendant que je nettoie, cuisine ou autre…
    Pouvoir produire mieux dans N/notre potager.
    Être disponible pour Maître sans la fatigue physique et émotionnelle d’une journée de travail en compagnie d’abrutis (pardon…)
    Bref. Même si 1% ne joue pas le jeu comme le mentionne le commentaire précédent, combien ne le joue déjà pas à l’heure actuelle? Je pense ça fait faisable pour ma part…

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