Charlotte

Quelle chaleur ! La canicule frappait encore ! Charlotte avisa que la fenêtre ouverte ne changeait rien. Pas un brin d’air frais ne pénétrait. Peut-être même faisait-il plus chaud dehors que dedans.

Charlotte s’affala sur le lit sans couverture. Elle était nue et transpirante. L’absence de vêtement, son mari endormi près d’elle ne l’avait même pas noté. Cela faisait bien longtemps qu’il ne l’avait pas touchée. Charlotte se désespérait.

Elle avait envie de sexe. Inutile de réveiller Henri. Il l’engueulerait avant de se rendormir en ronchonnant. Se masturber ? Pfff, trop chaud, même pour ça. La flemme monumentale ! Elle sourit en sentant son bas ventre se contracter par à-coup. Elle avait vraiment envie mais la fatigue fut la plus forte.

Des mains couraient sur ses hanches, remontaient son ventre pour envelopper ses seins et les pétrir. Henri avait-il enfin décidé de profiter du corps nu ne demandant que cela à côté de lui ? Charlotte voulut ouvrir les yeux pour ancrer son regard dans celui de son mari mais s’en trouva incapable.

Terrorisée, elle voulut hurler mais aucun son ne sortit de sa gorge. Les mains titillaient les tétons durs d’envie. Des lèvres chaudes et humides prirent possession de sa gorge, descendant vers les seins. La langue entra en action, effleurant les bouts tendus à l’extrême.

Charlotte sentit une chaleur l’envahir. Elle tenta de bouger. Son corps refusa d’obéir. Que se passait-il ? La bouche descendit jusqu’au nombril avant de continuer sa route vers le pubis. Charlotte aurait voulu hurler d’arrêter… Enfin, non. Elle voulait qu’il continue, c’était si bon. Seulement, elle aurait préféré savoir qui faisait cela, ne pas se trouver dans cette position de totale vulnérabilité. Pourquoi ne pouvait-elle rien faire ? Pourquoi cet immobilisme forcé ?

La langue sur son clitoris lui fit oublier toutes ses questions. Elle décolla et, totalement en manque, jouit presque instantanément. La bouche disparut et Charlotte se sentit vidée. Elle s’endormit.

– J’ai fait un rêve bizarre cette nuit. Quelqu’un… ou quelque chose, je ne sais pas, venait me caresser et me donner du plaisir.

– Les rêves érotiques, tout le monde en fait, non ? répliqua Henri.

– Ça avait l’air tellement vrai ! Je pouvais sentir son souffle et même son odeur forte de mâle.

– T’as juste beaucoup d’imagination. Masturbe-toi, ça te soulagera, gronda Henri avant de s’éclipser.

Charlotte secoua la tête en soupirant. Henri ne lui avait même pas proposé de faire l’amour. Charlotte s’en désespérait. Elle réfléchit à la proposition de son mari. Se masturber ? Elle n’en ressentait même pas le besoin, ayant eu tout son content durant la nuit.

Un formidable orage éclata vers midi. Les températures chutèrent d’un coup, mettant fin à la canicule. Ce soir-là, Charlotte ne reçut aucune visite. Elle oublia cet incident.

Puis les chaleurs remontèrent, épisodes de plus en plus fréquents. La fenêtre se rouvrit et la chemise de nuit disparut. Charlotte se retrouva de nouveau pleine d’envie. Son agresseur nocturne allait-il revenir ?

Un sexe la pénétrait. Charlotte se trouvait de trois quarts sur le côté, offrant ses fesses à la lune. Elle tentait de se tourner mais s’en trouva de nouveau incapable. Encore ce rêve. Hum… Ce sexe n’était pas plus gros que celui d’Henri. Il la lutinait agréablement, de doux mouvements, tendres, presque un peu trop doux.

– Tu en veux plus ? chuchota une voix masculine à son oreille.

Charlotte sursauta. Le toucher, l’odeur et maintenant le son ? Son esprit parvenait vraiment à créer des situations précises.

– Comme ça ?

Les coups de butoir se firent plus profonds, plus brutaux. Charlotte, incapable de parler, pensa fortement « Oui ! » et son agresseur imaginaire poursuivit quelques instants avant de se retirer.

« Continuez ! » s’exclama Charlotte en pensées.

– Je fais ce que je veux, répliqua la chose.

Charlotte en fut totalement subjuguée. S’il s’agissait d’un rêve, alors tout devrait se dérouler comme elle le voulait, elle, non ?

– Dodo ! ordonna la voix et Charlotte sombra.

Au réveil, elle frissonna.

– Il est revenu, dit-elle à son mari dès qu’il s’éveilla.

– Qui ça ? ronchonna-t-il.

– Celui qui me donne du plaisir pendant la nuit.

– Ah oui… ton rêve érotique. Et donc ? C’était bien ?

– Non, dit-elle. Il m’a utilisée sans me satisfaire.

– T’as de drôles d’envies. T’aimes ça qu’on te saute sans s’intéresser à toi ? Qu’on te baise comme une pute ? C’est ça que tu veux ? Que je te traite comme une salope ?

– Non, pas du tout ! s’exclama Charlotte confuse et morte de honte, humiliée par les propos de son mari.

– Pauvre fille. Tu me fais de la peine, lâcha Henri avant de s’éloigner.

Charlotte baissa les yeux et sanglota silencieusement. Elle essayait de communiquer avec Henri et il la repoussait, la couvrait d’insultes et de reproches. Elle se sentait tellement mal.

En se couchant ce soir-là, elle tenta une approche vers Henri, lui caressant le dos. Il grogna, repoussa sa main comme on se débarrasse d’une mouche trop collante puis s’endormit. Charlotte, encore nue par cette nuit avoisinant les 30°C, observa la fenêtre ouverte. Allait-il revenir ? Si oui, le désirait-elle seulement ? Qu’est-ce que son subconscient allait lui réserver cette fois ?

Charlotte s’endormit, mi-heureuse de le retrouver, mi-terrifiée à l’idée de n’être que sa marionnette. La pénétration l’éveilla. À nouveau, il réalisait de doux va-et-vient, tendres et lascifs.

« Donnez-moi du plaisir. Menez-moi à la jouissance. S’il vous plaît ! »

– Je fais ce que je veux, répéta-t-il.

Il n’alla pas plus fort, ni plus doucement, ne la caressa pas, ne la blessa pas. Il se contenta de réaliser ces allers et retours, tellement excitants ! Charlotte aurait voulu pouvoir se donner ce plaisir, caresser elle-même son clitoris tandis qu’il s’enfouissait en elle avec tant de grâce. Impossible. Son corps refusait d’obéir à son esprit. Sur le dos, offerte, les jambes écartées, elle ne pouvait que subir. Ses paupières closes, les bras sagement le long de son corps, elle se rendormit malgré les pénétrations ininterrompues.

– Il m’a baisée toute la nuit, murmura une Charlotte ahurie au réveil.

En tout cas, cette sensation ne la quittait pas. Il l’avait prise dès son endormissement pour ne plus la lâcher. Elle resserra les cuisses. Jamais son bas ventre n’avait autant crié son besoin d’être libéré. Une tension maximale tiraillait son entrejambe.

– Qui ça ? ronchonna Henri.

– Rien. Oublie, lança Charlotte.

– Toujours ton foutu rêve ? Mais t’as le feu au cul ma parole !

– La faute à qui ? s’écria Charlotte, maintenant en colère. Tu ne me touches plus !

– Je suis fatigué, dit Henri. De toute façon, quand on baisait, tu ne jouissais pas. Je suis mauvais. J’ai compris. Tu crois que c’est agréable de se le prendre en pleine poire à chaque fois ? Je préfère encore ma main. Elle ne se plaint pas, elle, au moins !

Charlotte fut soufflée par cette réponse. Henri se leva que la réplique ne lui était toujours pas apparue. Toute la journée, elle remua ses paroles. Oui, d’accord, il ne l’avait jamais faite jouir et alors ? Elle appréciait ces moments intimes qui les rapprochaient. Elle ne lui en avait jamais fait le reproche, pas qu’elle s’en souvint. Il se mettait la pression tout seul. Comment améliorer la situation ?

Charlotte avait beau retourner le problème dans tous les sens, pas moyen de trouver une solution. Le soir, lorsqu’il vint se coucher, elle ne dormait toujours pas.

– S’il te plaît, Henri ! J’ai envie de toi. Qu’importe que je ne jouisse pas ? Je ne te le demande pas !

– Moi, j’en ai besoin, gronda Henri. Je veux t’en donner. J’ai tellement honte. Dix ans de vie commune et pas un seul orgasme. Je pensais qu’avec le temps, j’apprendrais à te connaître, que ça irait mieux. Je suis las de mes échecs répétés.

Charlotte resta muette. Henri souffrait et elle n’avait rien vu, rien compris. Il voulait lui donner du plaisir. Charlotte cligna plusieurs fois des yeux. Elle ne l’accusait pas de ne pas y arriver. Il n’était pas fautif. C’était elle. Elle ne le guidait pas. Non pas qu’elle se refusait à le faire ou qu’elle avait honte d’agir de la sorte ! Elle ignorait simplement ce dont elle avait besoin.

Henri était son premier. Ils s’étaient connus au lycée. Un amour passionnel, dévorant, plein de sexe satisfaisant. Enfin, Charlotte le pensait-elle. Certes, elle ne jouissait pas mais s’en fichait. Elle n’avait pas su voir combien cela blessait l’amour propre de son bien-aimé.

Henri éteignit la lumière et s’endormit, laissant Charlotte méditer ses paroles. Nue, elle observa la fenêtre ouverte. Désirait-elle la venue de son violeur nocturne ? Aimait-elle n’être qu’un jouet ? Avait-elle besoin qu’Henri agisse de la sorte pour qu’elle jouisse ? Non. Définitivement pas.

D’ailleurs, elle ne jouissait pas quand cette chose se servait d’elle de cette manière. Elle tremblait de désir mais ces actes ne suffisaient pas. Cette prise de possession ne la transportait pas au paradis. Le premier soir, il avait pris soin d’elle, l’avait caressée, l’avait léchée et là, elle avait explosé.

– Henri ? Tu veux bien me faire un cuni ?

Son mari ralluma et se tourna à demi vers elle. Des cuni, il lui en avait déjà fait des tonnes, sans résultat.

– S’il te plaît ! supplia Charlotte.

Avec un soupir exaspéré, Henri se redressa avant de fondre vers l’abricot caché sous une toison douce et frisée.

– Caresse-moi d’abord. Lèche-moi, demanda-t-elle, se souvenant avec précision du déroulé de la première visite du monstre de ses cauchemars.

Henri s’y plia de bonne grâce. Il semblait même heureux de recevoir ces injonctions, comme s’il n’attendait que ça.

– Le cou, descends doucement sur les seins, oui, c’est très agréable.

Henri continua ses œuvres, usant de sa bouche et de sa langue dans un ballet subtil qu’elle ne lui connaissait pas. Il atteignit la toison dans laquelle il s’enfouit avec bonheur. Un doigt entra dans le ventre et appuya sur les muqueuses sensibles.

– Oh ! C’est trop fort. Trop violent ! Sois plus doux. Encore plus doux. Ressors un peu. Pas trop. Oui, juste là, oui c’est !

Charlotte gémit. Une vague de plaisir, pas explosive mais caressante, la priva de parole pendant un instant. Henri, lui, n’avait pas cessé ses œuvres.

– Arrête de téter mon clitoris, gronda Charlotte dès qu’elle put s’exprimer. Je ne suis pas une vache à traire. Titille-le juste du bout de ta langue. Je suis hyper sensible ce soir. Un rien me…

Henri venait suivre les indications. Le doigt réalisait exactement le bon geste, tandis que le bouton d’amour recevait les effleurements réguliers requis. Charlotte perdit pied. Elle hurla de plaisir dans la chambre à coucher et son cri résonna contre les murs. Elle s’envola vers les étoiles.

– Ouah ! s’exclama Henri. J’adore ! J’espère qu’il va revenir souvent, ton admirateur secret, pour te rendre comme ça.

– Tu as été merveilleux, susurra Charlotte.

– C’est toi qui m’a guidé, rappela Henri. Je n’ai été que ton bras.

Ils s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, comblés et amoureux. Charlotte ne reçut plus jamais la visite de son agresseur nocturne. Quand elle avait envie, elle demandait à Henri qui se faisait une joie de la satisfaire. Ils jouissaient rarement en même temps mais cela n’importait pas. Ils donnaient et recevaient et cela leur suffisait.

6 commentaires sur “Charlotte

  1. Je dois avouer un certain trouble: je n’ai pas vraiment compris ce qui s’est passé dans cette histoire.
    Je ne devais pas être dans de bonnes conditions pour la lire car, contrairement aux autres, je ne suis pas rentré dans l’histoire. Je suis resté en mode « spectateur lointain » presque jusqu’à la fin.
    Autre hypothèse : je comprends vite mais il faut m’expliquer longtemps donc peut-être qu’en détaillant plus…. 😉

    Merci de continuer à faire vivre ce blog et publier vos récits que j’attends toujours impatiemment.

    1. Merci de votre commentaire. Mes textes ne se ressemblent pas, tant au niveau contenu que brio. Je n’écris pas que des merveilles non plus ! Si ce petit texte est incompréhensible, c’est bien de me le dire aussi et j’apprécie votre honnêteté qui me permet de m’améliorer 🙂

  2. Ce que j’ai compris est dans la dernière phrase : « Ils jouissaient rarement en même temps mais cela n’importait pas. Ils donnaient et recevaient et cela leur suffisait. »
    Après plusieurs décennies de vie conjugale, je pense pouvoir dire qu’en amour, le don est essentiel et premier. Mais comme chacun a son amour-propre, on apprécie que l’autre reçoive et aime ce que l’on donne. L’ajustement n’est jamais gagné une fois pour toutes : non seulement on évolue dans le temps (et pas au même rythme tous les deux, ce serait trop simple !), mais on n’est pas réceptif de la même façon à chaque fois que l’on se retrouve : le rythme féminin est très puissant vis à vis de « l’humeur câline », et si le rythme masculin est plus facilement continu, il est aussi plus facilement égoïste… Le respect de l’autre est essentiel, et quand il est réciproque, il permet un entretien de la force amoureuse qui la maintient pour ainsi dire indestructible, à partir de la connaissance de son partenaire et de son accueil tel qu’il est.

  3. Voilà un très beau texte, qui se conclut de façon très pragmatique. Le « visiteur  » nocturne de Charlotte a permis au couple de retrouver un bel équilibre! Bravo

    1. Ce visiteur existe-t-il vraiment ? N’est-il qu’une vision de l’esprit de Charlotte, une façon que son inconscient a de la faire agir dans le bon sens ? Qui sait ?
      Merci pour votre commentaire !

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