Clara observa le poignet de son amie et ne put s’empêcher de sourire. Capucine venait de lever le bras pour héler un serveur, faisant redescendre la manche de son chemisier léger. Clara comprenait maintenant pourquoi son amie s’était si chaudement habillée.
– Quoi ? demanda Capucine en voyant le sourire sur le visage de son amie.
– Soit tu as fait une connerie, soit Francis et toi utilisez ses menottes de service dans un cadre sexuel. Honnêtement, je préférerais la seconde solution.
Capucine suivit le regard de Clara sur son poignet et redescendit le chemisier pour qu’il masque de nouveau la marque rouge. Le serveur vint prendre leur commande avant de repartir. Clara transperça son amie des yeux.
– Arrête de t’inquiéter ! Évidemment que la deuxième option est la bonne.
– Voilà qui me rassure, lança Clara. Ça m’aurait ennuyée que tu sois devenue une criminelle. Ceci dit, tu sais, pour pimenter la vie sexuelle, des vraies menottes de flic, ce n’est pas l’idéal. Ces trucs-là font un mal de chien. Des entraves en cuir ou en fer ou même du shibari, c’est mieux. Le but est d’agrémenter ce moment, pas de finir marquée pour des jours.
– Dis donc, t’as l’air de t’y connaître ! s’exclama Capucine.
Clara rougit de la tête aux pieds.
– Qu’est-ce que tu me caches ! lança Capucine en s’approchant de son amie pour que leurs visages se collent presque par dessus la table.
L’arrivée de leurs boissons les obligea à se décoller mais Capucine repassa à l’assaut dès le serveur éloigné.
– Crache le morceau !
– J’ai un plan cul, admit Clara.
Comme Clara ne disait rien, Capucine s’amusa :
– Un qui t’apprend le shibari ?
Clara rougit de plus belle.
– Raconte ! Tu le fréquentes depuis longtemps ?
– Ce n’est pas… Euh… Je l’ai rencontré il y a plus d’un an mais…
– Tu me l’as caché tout ce temps ! s’écria Capucine, abasourdie.
– On ne s’est presque jamais vu. Ce n’est pas… régulier.
– Tu l’as rencontré comment ?
– J’ai gagné à un tirage au sort.
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On sonna à la porte. Clara ouvrit pour découvrir un livreur. Elle attrapa le colis, signa sur son téléphone puis referma la porte après les salutations d’usage. Elle ne se souvenait pas avoir commandé quoi que ce soit mais le paquet portait bien son nom et son adresse.
Elle attrapa un couteau et la fermeture céda. Dans le carton se trouvait une boîte noire. En soupirant, Clara la dégagea pour l’ouvrir. Elle découvrit, abasourdie, un œuf vibrant.
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– Parce que oui, je ne suis pas une oie blanche non plus, grogna Clara. Je sais reconnaître un œuf vibrant quand j’en vois un.
Capucine ricana.
– Sauf qu’il n’y avait que l’œuf. Pas la télécommande qui va avec, poursuivit Clara.
– Elle était où ? demanda Capucine, très intéressée.
– Attends. Tu vas trop vite.
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Clara retira l’œuf de son étui. Ce faisant, elle constata que le fond se soulevait. Caché dessous, elle trouva un bout de carton imprimé et un document explicatif. Clara déplia la lettre et découvrit, imprimé en grosse lettres majuscules : BRAVO !
En dessous, on lui indiquait qu’elle venait de gagner à un tirage au sort en ligne. Elle avait l’habitude des arnaques. Elle n’y crut donc pas une seconde. En soupirant, elle continua à lire.
Le texte lui annonçait que le cadeau se composait de deux parties. La première était une entrée gratuite au prochain salon de l’érotisme. Clara se saisit du bout de carton. Il s’agissait bien d’un ticket pour l’évènement se tenant le dimanche suivant près de chez elle.
Elle revit sa position. Ce n’était peut-être pas une arnaque, après tout. À moins que ces gens espèrent qu’elle claquerait son fric en sex-toys une fois sur place. Sur ce point, pas de risque : du blé, elle n’en avait pas. Elle payait déjà difficilement ses factures, mangeait en fin de mois grâce à la soupe populaire et obtenait ses vêtements via des dons.
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– Tu savais, toi, que ça existait : le salon de l’érotisme ? demanda Clara à son amie.
– Non, répondit-elle.
– Pourtant, il y a des publicités partout : des affiches, à la radio, dans les journaux. Je n’y avais juste jamais prêté attention.
– Tu y es allée ?
– Évidemment ! Mais encore une fois, tu vas trop vite !
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Clara continua à lire. Le second gain consistait en une soirée coquine privée. Pour y entrer, il suffisait de mettre l’œuf vibrant à sa place et de se présenter au vigile devant la porte B avec une prise de sang de moins de 48 heures. Un scanner vérifierait la présence de l’objet, permettant d’entrer et de profiter de la soirée.
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Capucine en rougit de la tête aux pieds.
– Qu’est-ce que tu as fait ?
– Je me suis rendue dans un laboratoire ! s’exclama Clara. Et puis j’ai pris rendez-vous chez l’esthéticienne. Il n’y avait pas de temps à perdre.
Capucine répondit en criant gaiement, attirant le regard des autres clients qui retournèrent rapidement à leurs propres verres en ronchonnant.
– Tu y es allée alors ?
– Évidemment !
– Il y avait quoi derrière la porte B ?
– Quelle impatience ! s’exclama Clara. J’ai d’abord pris le temps de visiter le salon de l’érotisme. C’était super. J’ai adoré.
– Je m’en fous ! s’exaspéra Capucine. Viens en au fait, je t’en prie !
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Clara s’arrêta devant la porte B gardée par un homme en noir qui en imposait. Il lui tendit la main. Elle pouvait sentir son cœur cogner fort contre sa poitrine. Avait-elle vraiment raison de vouloir aller de l’autre côté ? Elle sortit ses résultats de prise de sang de son sac et les tendit au vigile. Il le déplia, le compulsa rapidement puis dégaina un tube en plastique qu’il plaça devant le sexe de Clara. Elle en gémit de honte. Il savait exactement ce qu’il devait chercher. Elle devint aussi rouge qu’une tomate.
– C’est bon, dit le vigile, le visage totalement neutre. Vous pouvez entrer.
Il attrapa la poignée. Clara s’avança. Il n’ouvrit que devant elle et referma rapidement derrière elle.
La pièce très éclairée contenait déjà beaucoup du monde : des hommes et quelques femmes. Tout le monde mangeait et buvait debout. Du champagne et des petits fours, reconnut Clara. Elle avança timidement. Les conversations allaient bon train, toutes en anglais, langue que la jeune femme ne parlait pas, en dehors de « Hello » et « I love you ».
Elle ne se sentit pas à sa place. Les vêtements de marque et les bijoux frôlaient l’indécence. Tous ces gens affichaient leur richesse de manière exubérante. Cet endroit était réservé à une élite. Clara ne douta plus du tout d’avoir réellement gagné à un tirage au sort. Elle n’aurait jamais dû se trouver là.
Elle décida d’en profiter. Quitte à avoir gagné, autant y aller à fond. Elle dégusta les excellents croque-en-bouche et but quelques coupes, le tout en se promenant. Elle se rendit compte que certaines personnes échangeaient en français. Elle ne chercha pas à s’immiscer dans leurs discussions. Ils discutaient politique et affaire, deux thèmes sur lesquels Clara ne savait rien.
Elle détailla les personnes présentes. Le document avait indiqué qu’une soirée coquine l’attendait derrière la porte. Tout cela allait-il tourner en partouze générale ? Clara espéra que non. L’idée ne lui plaisait pas trop. Elle partirait si une orgie se mettait en place.
Elle préférait largement un face à face, avec lui, par exemple.
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– Qui ça ? demanda Capucine.
– Un beau brun ténébreux, indiqua Clara à son amie.
– Ils nous font toutes tourner la tête.
– Francis est blond, rappela Clara en ricanant.
– Les blonds aux yeux bleus nous charment tout pareil.
– Il te les faut tous, s’amusa Clara.
– Bon, allez, décris-le moi !
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Brun aux cheveux courts, glabre, la trentaine, les yeux marron, il portait un costume hors de prix mais ce n’était pas son physique à se damner qui attira Clara mais son aura, ce quelque chose d’indéfinissable qui l’entourait. Il se dégageait de lui un charisme naturel. Elle constata que de nombreuses femmes l’entouraient, clairement sous son charme.
Clara fut tirée de sa contemplation par la sonnerie aiguë d’une clochette. Toutes les conversations moururent. Un silence pesant se fit.
– Voici l’heure tant attendue du tirage au sort ! s’exclama un homme en apparaissant.
Pas besoin de micro dans cette petite salle calme.
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– Encore un tirage au sort ? s’exclama Capucine. Pfff. Bon, tu continues ?
– Tu n’arrêtes pas de me couper la parole ! fit remarquer Clara.
– C’est bon. Je me tais. Vas-y, raconte !
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Deux grosses boules transparentes apparurent. Toutes contenaient des télécommandes. Clara ne comprenait pas.
– Vous connaissez tous les règles. Le couple formé n’a pas obligation à quoi que ce soit. Vous pouvez vous contenter de discuter, de passer une agréable soirée en tête à tête, ou plus si affinités. Messieurs, vous pouvez procéder à des échanges, des achats ou des ventes. Que l’appariement commence !
L’homme plongea sa main dans la boule à sa gauche, qui contenait beaucoup plus de bouts de plastique que celle de droite. Il en tira une télécommande et appuya sur le bouton.
– Moi, dit un homme en montrant son bracelet illuminé de vert.
Clara constata que tous les hommes en portaient un. Elle fut déboussolée. Mais que se passait-il ?
L’homme sur l’estrade plongea sa main dans la boule de droite, en tira une télécommande et appuya sur le bouton.
– Moi, dit une femme qui venait de sursauter.
L’homme au bracelet vert prit les deux télécommandes avant de s’éloigner avec sa désignée. Clara les suivit des yeux mais ils disparurent derrière un rideau sombre.
Elle revint à l’estrade. Un autre homme partait avec une femme. Elle avait raté la désignation de ceux-là. La respiration rapide, elle refusait de croire ce qu’elle vivait. Ils ne pouvaient tout de même pas… Elle sursauta, l’œuf dans son ventre venant de s’activer d’un coup.
Son sursaut n’était passé inaperçu de personne. L’homme au bracelet vert récupéra les deux télécommandes et lui tendit galamment son bras. Sous les regards de l’assemblée, Clara se sentit obligée de le prendre et de suivre cet inconnu à l’écart.
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– Oh putain ! C’était le brun ténébreux ?
– Non, maugréa Clara. C’était un vieux bedonnant, pas du tout mon type. Derrière le rideau, il y avait une table et nous avons dîné. Il m’a dit sentir qu’il ne me plaisait pas et que ça ne le dérangeait pas. Juste passer la soirée avec une aussi jolie jeune femme ne lui déplaisait pas.
– Il déconnait ?
– Merci, très aimable ! gronda Clara.
– Ben quoi ! T’es pas un canon ! répliqua Capucine. Moi non plus, d’ailleurs. On n’est pas des boudins mais on est loin des mannequins de mode. J’imagine mal un riche milliardaire avoir envie de simplement dîner avec moi. D’ailleurs, il parlait français ?
– Oui, heureusement, avec un accent américain, très craquant au demeurant, et puis sa conversation était intéressante mais ce n’était vraiment pas mon type. Je n’arrêtais pas de gigoter. Il a fini par s’en rendre compte et m’a demandé ce qui n’allait pas. Je n’allais tout de même pas lui répondre que j’étais super méga frustrée et que cette soirée coquine transformée en repas d’affaires avec un inconnu me plongeait dans des abîmes de tourment !
– Tu avais envie de bite.
– Voilà, acquiesça Clara. Sauf que je pouvais difficilement le lui dire.
– L’œuf vibrait toujours ? demanda Capucine.
– Hein ? Ah non ! Il a juste vibré une fois pour permettre de déterminer qui va avec qui. Après, mon partenaire a posé les télécommandes sur la table pour ne plus y toucher.
– La loose !
– Carrément. Sauf que le gentleman était un habitué des lieux. Il a soulevé le rideau. Depuis notre alcôve, nous voyions la salle de réception où ne se trouvaient plus que des hommes. Il m’a dit « Il y a toujours plus d’hommes que de femmes. De ce fait, certains se retrouvent la queue entre les jambes ».
Capucine ricana.
– Pauvres mâles en manque ! s’exclama la blonde.
– Il m’a demandé si l’un des hommes restant me plairait pour une soirée plus en adéquation avec le thème du salon.
– Gentleman, en effet, confirma Capucine.
– Le beau brun en faisait partie, sourit Clara.
Capucine cria de nouveau, attirant les regards des clients qui ronchonnèrent de plus belle.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– J’étais morte de honte, voilà quoi ! Tu imagines ! Tu passes une soirée au demeurant charmante avec un homme et tu lui dis que tu préférerais son voisin ? J’ai baissé les yeux, incapable de prononcer un mot.
– Oh non ! Clara ! Putain ! Tout ça pour ça !
– Il a rigolé.
– Pas si gentleman que ça, en fait, grogna Capucine.
– Il m’a expliqué qu’ils se connaissaient tous et qu’il avait beaucoup à gagner à « vendre » ma télécommande à un autre homme.
– Il t’a réellement vendue, tu veux dire ?
– Je suppose, dit Clara. Je n’en sais rien. Je lui ai montré le brun ténébreux. Il a hoché la tête en souriant puis il s’est levé pour aller le rejoindre. Je suis restée dans l’alcôve, les regardant de loin. J’étais morte de honte. Ils ont échangé un moment. Le brun n’a même pas regardé dans ma direction, pas une fois. Finalement, j’ai vu mon partenaire donner la télécommande au brun. J’ai senti mon ventre se contracter et l’œuf s’est allumé.
Capucine cria une fois de plus.
– On devrait aller dans un endroit moins bondé. Tu déranges tout le monde, grogna Clara.
Les filles payèrent, sortirent puis se rendirent chez Clara qui habitait juste à côté. De tout le trajet, Clara n’avait pas dit un mot. Capucine sautillait frénétiquement. Les amies s’installèrent dans le canapé à moitié déchiré de la brune et Clara reprit son histoire sous le regard avide de la blonde.
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Clara sentait sa culotte se tremper. L’œuf n’en était certainement pas seul responsable. Le brun ténébreux approchait. Il se campa devant elle puis lança un ferme « Suis-moi » avant de s’éloigner. Pas de main galamment tendue, pas de bras offert, pas de formule de politesse. Il allait droit au but, le salopard.
Clara ne s’en sentit que plus remuée. Elle se leva, les jambes tremblantes. Il avait déjà disparu derrière une porte dérobée. Clara se remua pour le rattraper. Un couloir se dévoila, un genre de coulisses. Elle le repéra disparaître à droite. Elle dut presque courir pour le retrouver. Elle entra dans ce qui ressemblait fort à une loge.
Elle sursauta lorsque la porte claqua dans son dos. Il venait de la fermer sans ménagement. Clara en frémit de terreur. Il commença à lui tourner autour tel un lion jaugeant sa proie. Elle aurait voulu pouvoir s’enfouir sous terre.
– Déshabille-toi, ordonna-t-il.
Clara obtempéra, plus allumée que jamais. Elle était venue pour ça. Elle ne pouvait pas se plaindre de l’avoir ! La situation la troublait intensément, ce qui était le but recherché, par l’un comme par l’autre. Elle commença par ses chaussures à talon. Faire tomber le haut ne fut pas difficile. Certes, elle avait un peu de ventre mais ses partenaires lorgnaient souvent davantage ses gros seins que ses bourrelets.
Clara retira son soutien-gorge. Le brun ne fit aucun commentaire. Il se contentait de la dévorer des yeux. Clara se trouva gênée à l’idée de retirer sa jupe, ici, comme ça, en pleine lumière. Elle trouvait ses cuisses trop grosses et ses fesses immondes.
Le brun attrapa une paire de ciseaux sur une étagère proche de lui et indiqua :
– Soit tu l’enlèves, soit c’est moi qui le fait. Dans le second cas, j’espère pour toi que tu as prévu des vêtements de rechange sans quoi tu rentreras cul nu.
Tiens, il avait un petit accent anglais qu’elle n’avait pas repéré jusque-là. Cela acheva de la séduire. Elle se mordilla la lèvre inférieure. Il s’approcha, armé des ciseaux, et Clara défit rapidement sa jupe. Elle n’avait rien d’autre à se mettre. Le trajet de retour en bus serait compliqué sans cet habit. Le brun sourit en reposant sa double lame. La culotte suivit.
Clara se sentit plus observée que jamais. Elle avait plutôt l’habitude de baiser dans le noir ou au moins la pénombre. Et puis, il était habillé et elle nue. Le contraste la saisit. Elle n’en mouilla que davantage.
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– L’œuf vibrait toujours ?
– Oui. Ça n’était pas hyper fort mais assez pour me maintenir dans un état de nerf et de frustration intense. Putain, j’avais envie qu’il me baise, qu’il me lime bien profond, qu’il me laboure. Mais non, il m’observait en souriant. J’hésitais à lui sauter dessus. Je sentais qu’il ne fallait pas, qu’il n’apprécierait pas.
– Tu m’étonnes ! Il la jouait clairement dominant. À ta place aussi j’aurais été pétrifiée… et pleine de désir.
– Tu mouilles rien qu’à m’écouter, accusa Clara.
– Je confirme, dit la blonde.
– Ne t’avise pas de mettre ta main dans ta culotte. Tu feras ça chez toi !
– Francis ne va pas comprendre. Je vais tellement lui sauter dessus dès son retour !
Les filles rirent.
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Clara resta immobile, nue sous son regard brûlant. Elle n’osait pas bouger. Elle attendait… un ordre de sa part. S’en rendre compte la fit mouiller encore plus. Elle eut l’impression de dégouliner.
Après un temps qu’elle trouva infini, il s’approcha d’elle et la poussa contre la porte. Il lui attrapa la main gauche et la monta au-dessus de sa tête. Une entrave s’enroula autour du poignet de la belle avant même qu’elle n’ait eu le temps de dire ouf.
Tandis qu’il agissait de même avec la main droite, elle observa la méthode d’accroche. Des sangles noires disparaissaient de l’autre côté de la porte. Clara tira dessus. Ça ne broncha pas. Probablement qu’une boursouflure empêchait les liens de s’enfuir. Simple mais redoutable.
Il entreprit de caresser les seins disponibles. Clara en soupira de plaisir. Il malaxait, pinçait les tétons, frappait sans brutalité avant d’effleurer, le tout en la fixant dans les yeux. Clara se noyait dans ses yeux couleur chêne.
La main du beau brun descendit sur les hanches. Clara se sentait perdue mais ne voulait pour rien au monde retrouver son chemin. Elle lui appartenait, à cet homme dont elle ignorait tout. Il pouvait lui faire ce qu’il voulait. Au contraire, elle ne désirait que cela.
Elle ondula du bassin, espérant qu’il comprendrait l’appel et y réponde. Elle accompagna ce geste d’un léchage de lèvres suggestif. Il répondit en lui offrant son index gauche à sucer. Elle s’attela à la tâche, espérant recevoir un autre membre plus gros.
La main disponible du beau brun atteignit l’abricot entretenu de Clara. Elle soupira d’aise, avançant les hanches pour montrer son contentement. Elle n’oubliait pas de bien sucer l’index de son partenaire. Sans quitter son regard, il attrapa la cordelette qui sortait du ventre et tira d’un geste sec. L’œuf sortit sans difficulté dans un bruit mouillé.
Il lui monta à hauteur d’œil. Elle fut mortifiée en le découvrant blanc de cyprine. Il retira son index pour placer le sex-toy à la place. Il vibrait contre sa langue. Elle sentit le goût acide de sa mouille. Il tendit le bras vers l’étagère et la vibration cessa.
Sans prévenir, il enfonça deux doigts dans l’intimité trempée de Clara et entreprit de la fouiller de sa main droite, tandis que la gauche enserrait la gorge de la jeune femme et serrait doucement.
Le ventre de Clara se réchauffa d’un coup. Elle se mit à haleter. Elle tira sur ses liens. Elle désirait caresser son partenaire, profiter du corps magnifique de ce beau brun ténébreux. Rien à faire. Les liens ne bronchèrent pas.
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– C’était agréable ?
– Oh putain oui ! Il sait se servir de ses doigts. Il me pilonnait, passant et repassant sur mes zones sensibles, alternant des caresses douces et des pénétrations brutales. Il s’amusait à me frustrer, tournant autour de mon clitoris, l’excitant avant de s’en éloigner. Il s’arrêtait toujours au pire moment.
– Je ne peux vraiment pas me masturber pendant que tu racontes ? geignit Capucine.
– Vraiment pas, non !
Capucine fit une moue boudeuse.
– Tu veux que j’arrête ? proposa Clara.
– Oh non ! S’il te plaît ! Continue. C’est trop bien !
– Le pire était son regard, braqué sur le mien. J’avais l’impression qu’il me possédait juste de cette manière. Je ne pouvais rien lui refuser.
Un son aigu sortit de la gorge de Capucine. Clara était heureuse de ne plus être dans le bar en bas de chez elle.
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Clara écartait les cuisses, offrant une autoroute à son tourmenteur. L’œuf dans la bouche l’empêchait de parler mais de toute manière, elle n’avait rien à dire. Seuls des gémissements explicites sortaient de sa gorge. Il avait lâché sa gorge pour malaxer ses seins lourds. Son autre main devint plus aventureuse. Ce ne furent plus deux, mais trois doigts qui la fouillèrent.
Clara se sentait de plus en plus proche de la perte de contrôle. La jouissance approchait. Le brun enfouit alors sa main toute entière dans le sexe offert.
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– Putain ! Un fist dès la première rencontre ! Il n’y est pas allé de main morte ! Tu avais déjà pratiqué ? demanda Capucine.
– Non, avoua Clara. C’était ma première. Je ne savais même pas que j’étais capable d’avaler ça et pourtant, elle a glissé toute seule, slurp.
– Tu devais être sacrément excitée !
– Plus que ça, admit Clara. J’ai joui et il s’est mis à bouger les doigts dans mon ventre. J’ai joui encore. Puis, il a ressorti sa main pour la faire remettre. À chaque fois, il agissait de manière de plus en plus brutale et je réagissais en jouissant plus fort. Il ne caressait même pas mon clitoris ! Je ne savais pas que je pouvais jouir comme ça, uniquement par une pénétration.
– Pas n’importe laquelle quand même !
– Certes, mais j’avais toujours eu besoin de stimulation clitoridienne jusque-là. Le plaisir était différent, plus profond, plus sourd, plus sauvage. Je ne sais pas comment le définir autrement.
– Je ne peux pas t’aider. Je n’ai jamais joui sans caresse sur mon bouton d’amour. Mais je te crois volontiers.
– J’ai explosé dans un orgasme violent. Je n’avais jamais eu autant de plaisir de toute ma vie. J’étais rincée.
– Qu’a-t-il fait ?
– Il m’a détachée et je me suis écroulée sur le sol. Je ne tenais même plus sur mes jambes. Il a récupéré l’œuf dans ma bouche, il a attrapé la télécommande, ouvert la porte pour prendre les deux entraves puis il s’est barré.
– Quoi ?
– Il s’est barré.
– En te laissant là, toute nue, dans la loge ?
– Ouais, répondit Clara. J’étais tellement dans les vapes que j’ai mis un moment à m’en rendre compte. Je me suis rhabillée et je suis retournée dans la salle de réception. Il n’y était plus.
– Il t’a laissée en plan comme ça ? Sans même prendre son plaisir ?
– Je crois qu’il a pris son plaisir, une forme différente de plaisir. Mais ouais, j’étais hallucinée. J’ai rejoint le mec qui avait procédé au tirage au sort et que je supposais être un organisateur de l’évènement. J’ai commencé par lui demander s’il accepterait de me donner le nom de mon partenaire. Il m’a désigné le vieux bedonnant en me répondant « Vous n’avez qu’à lui demander ». Je lui ai répliqué que je lui parlais de mon second partenaire. Il m’a rétorqué qu’il n’avait pas à me donner le nom de qui que ce soit.
– L’inverse m’aurait étonné, indiqua Capucine.
– Moi aussi, mais qui ne tente rien n’a rien. Du coup, je lui ai demandé comment participer de nouveau à ce genre de soirée parce que bon, gagner deux fois au tirage au sort était peu probable. Il m’a tendu un dépliant.
– Il disait quoi ?
Clara se leva, ouvrit un tiroir et tendit un bout de papier violet à Capucine. La blonde s’en saisit et le parcourut des yeux avant de se figer.
– Oh merde, finit-elle par dire. Dix mille balles ?
– Ouais, autant de te dire que c’était mort pour moi d’espérer revenir. J’étais dégoûtée. J’ai couru dehors, espérant le rattraper sur le parking. Il entrait dans son véhicule. Putain, j’ai jamais sprinté aussi vite avec mes talons.
Capucine ricana.
– Il a réagi comment ?
– Il n’a pas semblé agacé ou incommodé par ma présence, pas surpris non plus. Son visage n’exprimait rien. Un masque longuement travaillé, je suppose.
Clara se tut un instant, revivant difficilement ce moment bouleversant.
– Je lui ai demandé à travers sa vitre ouverte s’il était possible que nous nous revoyions. Il a tendu la main.
– Qu’est-ce qu’il voulait ?
– Si je n’avais pas observé la soirée dans la salle de réception, je n’aurais pas compris. Heureusement, j’avais eu les yeux grands ouverts. C’est ainsi que j’ai su qu’il voulait ma carte.
– Tu n’en as pas, répliqua Capucine.
– J’ai attrapé mon stylo. Sur le ticket d’entrée, j’ai griffonné mon prénom, mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone et je lui ai tendu. Il s’en est saisi, l’a jeté sur le siège passager, a démarré sa voiture puis il s’est barré.
– Oh la vache ! Il est violent comme mec ! Il t’a rappelée ?
– Non, dit Clara.
– Tu as dit que c’était ton plan cul ! Il ne t’a jamais rappelée ?
– Non. C’est pour ça que je ne t’en ai pas parlé. En fait, je ne l’ai pas revu pendant un an.
– Quoi ?
– Qu’est-ce que tu voulais que je te dise ? Quand je pensais à cette soirée, en aucun cas je me disais « J’ai baisé avec un mec super ». Je veux dire… Il n’avait même pas sorti sa bite ! J’ai eu plus de plaisir que jamais mais d’une manière… Et puis, mon téléphone restait désespérément silencieux. Je n’avais aucune idée de quoi te dire. J’avais passé une super soirée en compagnie de personnes richissimes. Le truc ne se reproduirait pas. Voilà. Pas de quoi en faire un fromage.
– Mais tu l’as revu ! insista Capucine, les joues rouges de désir. Ce n’est pas lors de cette soirée que tu as appris la différence entre des entraves en cuir et des menottes de policier. Tu l’as forcément revu !
– Oui, admit Clara.
– Raconte ! hurla la blonde.
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Clara observa la petite boîte tendue par le livreur. Elle n’osait pas la prendre. Le mec pressé devant sa porte ne cacha pas son agacement.
– Vous refusez le colis ? demanda-t-il.
– Non ! Non ! dit Clara en le lui arrachant des mains.
Le livreur soupira. Clara dessina rapidement une signature sur l’écran de son smartphone avant de lui claquer la porte au nez sans la moindre once de politesse. Fébrile, elle ouvrit le paquet qui contenait, sans surprise, une boîte entièrement noire.
Clara secoua le carton, le déchira même pour enfin faire sortir son précieux contenu. Elle souleva le couvercle pour découvrir un œuf vibrant mauve, réplique parfaite de celui de l’année passée.
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– T’as encore gagné à un tirage au sort ?
– Mais non ! Il l’a acheté.
– Il a payé dix mille balles pour te revoir alors qu’il ne t’a pas adressé la parole pendant un an ? s’étrangla Capucine. Il est malade, ce type !
– J’y suis allée.
– Quoi ? Mais… Tu déconnes ! Le mec te méprise pendant un an. Il te siffle et tu y vas.
– Ben ouais, répondit Clara en haussant les épaules. J’avais kiffé notre interaction précédente. Pourquoi j’aurais hésité ? Et puis, un cadeau à dix mille euros, ça ne se refuse pas.
Capucine se renfrogna. Elle fronçait les sourcils. Toute trace de désir avait quitté ses joues. Elle semblait plus inquiète qu’excitée.
– Le salon a été aussi agréable que la fois précédente. Le vigile m’a laissée passer tout aussi aisément. J’ai retrouvé les même personnes, à quelque chose près, la même ambiance. Quand je me suis avancée vers le buffet, j’ai pris un verre de champagne mais il m’a été arraché des mains.
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– Pas d’alcool, dit le beau brun en reposant le verre de Clara sur la table. Les cocktails sans alcool sont là-bas.
– Bien, monsieur, répondit-elle humblement.
Il s’éloigna sans un mot supplémentaire pour rejoindre ses connaissances. Clara n’avala pas une goutte d’alcool, mais puisa allègrement dans les petits fours.
Puis, ce fut l’heure du tirage au sort. Clara s’avança, nerveuse. Le beau brun naviguait sur son téléphone, sans s’intéresser le moins du monde aux évènements en cours. Clara avait oublié ce léger détail. Elle était là pour passer la soirée avec lui, pas pour se retrouver en la compagnie d’un inconnu.
Ce fut pleine d’appréhension qu’elle observa le premier homme lever son poignet vert. Une femme frémit puis le rejoignit. Trois couples se formèrent sans que le brun ne lève le nez de son écran.
L’organisateur sortit une télécommande et appuya.
– Oui, oui, c’est moi, dit le brun d’une voix dédaigneuse toujours sans lâcher son téléphone des yeux.
L’organisateur soupira. Il ne fit rien pour cacher son agacement. Clara n’en revenait pas. La répartition l’indifférait tant que ça ? L’œuf dans le ventre de la jeune femme vibra. Le brun fit signe à l’organisateur de lui lancer les télécommandes. Il ne comptait même pas se déplacer.
– Bon, tu viens ? lança-t-il à Clara de sa voix grave teintée de son léger accent anglais.
Elle le rejoignit tandis qu’il soulevait un rideau noir masquant une alcôve contenant la table intime du repas. Elle ne s’attendait pas à manger avec lui. Alors qu’elle observait, interdite, la table ronde, il lui attrapa les bras et les lia avec des menottes.
– Je me disais aussi, siffla Clara.
– Assise, ordonna-t-il d’une voix sèche.
Clara obéit et le rideau se referma derrière le couple.
– Le tirage au sort est truqué ? demanda Clara tandis qu’il prenait place en face d’elle, son téléphone éteint posé près de lui.
– Non mais l’argent achète tout, indiqua le brun.
Il avait payé pour qu’ils soient appairés. Mais combien cette soirée avec elle lui avait-il coûté ? Un serveur apporta les plats qu’il disposa. Japonais ! Clara en saliva d’avance. Le brun se saisit des baguettes et commença à manger. Un pour lui, un pour elle. Il ne cacha pas son plaisir de la nourrir à la becquée.
Ils n’échangèrent pas un mot. Ils se dévoraient mutuellement des yeux. Clara gigotait beaucoup, tentant, en vain, de réduire la douleur dans ses poignets.
– Ça fait mal, hein ! Ce sont des vraies. Elles ne sont pas faites pour jouer, précisa le brun.
– Vous êtes policier ? le titilla Clara.
– Non, mais l’argent achète tout, répéta le brun.
« Y compris des femmes ? » pensa Clara qui se faisait de plus en plus l’impression d’être une pute. Combien avait-il claqué pour être en sa compagnie ? Ceci dit, elle n’avait pas touché un centime. Une visite du salon de l’érotisme – et ça n’était pas hors de prix non plus – suivie d’un buffet certes de qualité, mais pas extravagant non plus.
Ce repas japonais était délicieux mais Clara douta qu’un grand maître fut derrière. Il payait pour sa présence mais Clara désirait plus que tout être avec lui. Elle crevait d’envie qu’il pose de nouveau ses mains sur elle, qu’il la caresse, qu’il la possède.
Elle tira sur les menottes mais ne parvint qu’à se blesser davantage. Nul doute qu’elle aurait des marques en sortant.
Il continua à la nourrir à la becquée. Clara savoura chaque bouchée, ravie de pouvoir goutter à chaque fois un peu de sa salive sur les baguettes. Son visage chaud devait avoir une jolie couleur écrevisse mais Clara s’en moquait. Elle tenait à profiter de ce moment, de sa présence, de sa prestance, de son charisme, de cette puissance qui pulsait autour de lui.
Enfin, le repas fut terminé. Il attrapa son téléphone et le sac à main de Clara puis se leva.
– Suis-moi, dit-il d’un ton froid.
Elle obéit, sentant sa culotte se tremper et ses seins pointer sous son chemisier. C’était peu dire qu’elle le désirait. Sans les menottes et son incroyable aura, elle lui aurait déjà sauté dessus pour le violer. Il l’emmena dans le même couloir que la fois précédente et entra dans une loge – une autre, remarqua Clara.
Il s’assit sur un fauteuil confortable, déboutonna son pantalon, fit sortit son sexe mou, puis, tout en allumant son téléphone, ordonna :
– Suce-moi.
Clara resta une seconde interdite puis elle s’exécuta. Elle s’estimait plutôt bonne en fellation. Il allait en avoir pour son argent. Elle commença par le lécher, tant la verge molle que les testicules. Elle leva les yeux sur lui pour l’allumer mais il n’avait d’yeux que pour son jouet technologique.
Agacée, elle accentua ses mouvements, le prenant vraiment en bouche, suçotant, aspirant, jouant de sa langue et de ses joues. Le pénis grossit, prouvant que les actes faisaient de l’effet au beau brun. Son visage, pourtant, n’exprimait rien.
Clara gronda et il l’ignora superbement. Elle tira sur ses liens. C’était la première fois qu’elle suçait sans ses mains. Elle aurait aimé les avoir. Les menottes ne cédèrent pas. Il avait précisé qu’il s’agissait de vraies. Autant dire que Clara n’avait pas la moindre chance de s’en départir. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle reprit, y mettant toute sa bonne volonté.
Elle trouva rapidement les petits points de sensibilité. Il aimait qu’elle suçote juste le gland avant de l’avaler tout entier pour ressortir. Elle alterna ainsi les mouvements, ravie de le voir se contracter et finalement jouir dans sa bouche.
– Avale, ordonna-t-il.
Clara n’aimait pas trop ça mais elle le fit. Elle préférait cracher mais si le mec le demandait, elle le faisait pour lui plaire. De fait, il n’était pas le seul à qui elle avait offert ça mais cela restait tout de même une exception.
Il se rhabilla, se pencha sur Clara pour détacher ses mains, se rassit, reprit son téléphone en main puis lança :
– Casse-toi.
Clara se figea, interdite.
– Tire-toi, répéta-t-il agacé en agrémentant ses mots d’un geste de la main.
Clara récupéra son sac et sortit de la loge sans un mot. Elle rejoignit la salle de réception, avala un verre de champagne puis passa la porte pour revenir au salon de l’érotisme. Un « bip » retentit.
– Madame ? lança le vigile. Vous ne pouvez pas emmener l’œuf vibrant. Il faut le rendre.
Clara passa sa main sous sa jupe, tira sur la cordelette puis tendit le sex-toy au vigile qui s’en saisit sans faire la moindre remarque ni montrer le moindre agacement devant l’objet trempé de cyprine. Clara monta dans le bus et rentra chez elle.
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– D’après toi, qu’est-ce que j’ai fait en arrivant dans mon appartement ? demanda Clara à Capucine.
– Tu as pleuré toutes les larmes de ton corps ? proposa Capucine, blême, le cou tendu.
– Je me suis branlée et j’ai joui plus fort que jamais. Putain, j’ai adoré être traitée de cette façon ! Tu le crois, ça ?
– Ah ouais, BDSM à fond, en fait, s’exclama Capucine.
– BDSM ? répéta Clara. C’est quoi ?
– Ce que tu fais avec… Il s’appelle comment, d’ailleurs ?
– J’en sais rien, répondit Clara en haussant les épaules.
– Comment ça, t’en sais rien ?
– Ben non. Il ne s’est jamais présenté.
– Tu fais comment pour l’interpeler ?
– Je dis « monsieur », dit Clara.
– Oui, évidemment, convint Capucine.
– Ça veut dire quoi, BDSM ?
– C’est ce que tu fais avec lui.
– Non mais c’est un sigle, non ? Ça veut dire quoi ? s’énerva Clara.
– Je n’en sais rien, moi ! s’écria Capucine. C’est toi l’experte !
– L’experte en quoi ? Ne sois pas ridicule !
– Bon, attends…
Capucine sortit son téléphone, fit une petite recherche puis annonça :
– Voilà : BDSM signifie Bondage and Discipline, Domination and Submission et Sado-Masochisme.
Elle avait prononcé ces mots avec un accent anglais à couper au couteau.
– Je ne parle pas anglais, rappela Clara. Tu me traduis ?
– Bondage : le fait d’attacher.
– Je valide. On fait ça.
– Discipline : le fait de punir si le partenaire désobéit.
– Je valide.
– Ah bon ? Il t’a punie quand ?
– Après.
– Parce que tu l’as revu après ça ?
– Oui. Continue au lieu de changer de sujet.
Capucine grimaça mais obtempéra.
– Domination et soumission.
– Je valide.
– Sado-Masochisme.
– Je valide. Ok, je l’admets, on fait du BDSM. Mais je ne savais pas que ça s’appelait comme ça. Je ne savais même pas que ça portait un nom, en fait.
– Donc tu l’as revu. Il t’a traitée comme de la merde et tu l’as revu ? Mais tu es complètement folle !
– J’adore être en sa présence. Ce mec dégage une telle aura. Ça m’électrise.
– Mais il t’a considérée autant qu’une pute !
– Et j’ai kiffé, admit Clara. Une pute à dix mille balles, ça fait cher la pipe, non ?
Capucine ricana. Clara venait de marquer un point.
– Tu m’as dit l’avoir rencontré il y a un peu plus d’un an. Or le salon de l’érotisme, ce n’est qu’une fois par an. Donc, tu l’as revu en dehors de ces soirées coquines pour riches.
– J’ai repris ma vie après ça. À quoi bon attendre que monsieur me contacte ? Je veux dire : la dernière fois, il n’avait pas daigné venir vers moi avant l’année suivante. Du coup, le travail, les week-ends, les collègues, ma mère, toi, et mon patron qui me tanne pour que je prenne les congés qu’il n’a pas envie de convertir en fric. Je pose une semaine et je me retrouve vendredi soir à rentrer chez moi, pas du tout enthousiasmée à l’idée de passer dix jours entiers dans mon petit appartement.
Ce disant, Clara désigna les murs autour d’elle. Le studio faisait peine à voir. Il était propre et rangé mais la vétusté le rendait humide et une odeur d’égout flottait sans cesse dans l’air. Clara n’avait pas les moyens de déménager pour mieux.
– C’est là que…
Clara s’arrêta en plein milieu de sa phrase. Capucine la vit blêmir.
– Clara ? Ça va ?
– C’est pénible comme souvenir. Putain, je ne pensais pas que ça faisait ça.
Capucine lui prit une main et la serra gentiment.
– J’étais en bas de l’immeuble. Je m’apprêtais à taper le code lorsque quelqu’un m’a attrapée par derrière. Mes poignets ont été attachés dans mon dos à l’aide d’une bande lieuse en plastique. Rapide et efficace. Je n’ai eu à aucun moment la possibilité de répliquer et même si je l’avais eue… Tu sais, je repense à nos réflexions face à des agressions : « Elles n’avaient qu’à se défendre, le frapper dans les parties intimes, hurler à l’aide ». Nous étions stupides. J’ai vécu ça et je peux t’assurer que je me suis retrouvée paralysée de terreur.
Capucine était blême. Elle ouvrait de grands yeux ahuris. Sa respiration s’accélérait mais cette fois de peur et non de désir.
– J’ai voulu hurler. Un bout de tissu est venu remplir ma bouche. Une ceinture en tissu attachée derrière mon crâne s’est assurée qu’il resterait bien en place. Un bandeau est venu recouvrir mes yeux. Je me suis retrouvée jetée sans ménagement dans un coffre de voiture. Mes chevilles ont connu la bande lieuse puis le coffre s’est refermé. Le tout avait pris moins de deux minutes.
– Ma pauvre ! Mais c’est horrible ! s’écria Capucine.
– La voiture a démarré et je suis restée là-dedans un temps interminable. J’étais morte de peur. Je m’imaginais déjà torturée par un tueur en série. Je me suis pissée dessus de terreur.
– Tu m’étonnes !
– Finalement, la voiture s’est arrêtée et le coffre s’est ouvert. Mes chevilles ont été détachées et j’ai été attrapée pour me retrouver debout sur le sol. J’avais toujours les mains liées dans le dos, le bâillon et le bandeau sur les yeux. Je n’en menais pas large. Je tremblais et gémissais misérablement. C’est alors que mon agresseur a pris la parole.
– Il a dit quoi ?
– Ça te dit de passer ta semaine de congé avec moi ?
Capucine resta interdite.
– Quoi ? finit-elle par lancer.
– C’était lui. Il venait de me parler sur le ton d’une conversation classique.
– Mais c’est un malade ! Je veux dire… le coup du faux enlèvement, c’est un classique en BDSM mais la victime est consentante et sait que ça va se produire ! C’est une mise en scène prévue à l’avance. Ce qu’il t’a fait subir est une agression réelle, merde !
– Quand j’ai reconnu sa voix, inimitable avec ce léger accent anglais, je me suis immédiatement détendue.
– Mais pourquoi ? s’écria Capucine, hors d’elle.
– J’ai confiance en lui, se défendit Clara.
– Mais pourquoi ? répéta Capucine. Tu ne le connais pas, ce mec ! Tu l’as à peine entraperçu deux fois. Tu ne sais même pas comment il s’appelle. Il t’a traitée comme la dernière des catins. Il vient de t’enlever et toi, tu… mais Clara !
– Je jouis tellement fort quand je pense à lui ! murmura Clara. Je ne l’aime pas. C’est seulement sexuel mais putain ! Il me fait un effet de fou.
– Tu es complètement folle, chuchota Capucine.
– J’ai hoché la tête en souriant sous le bâillon.
– Quoi ? hurla Capucine.
Clara était vraiment heureuse de ne plus être dans le bar.
– Tu as… passé une semaine entière avec ce… malade ?
– Je suis toujours là, devant toi, et bien portante. C’est donc que ça s’est bien passé.
– Vous avez fait quoi ?
– Du BDSM, si j’ai bien compris.
– Ah ah, ironisa Capucine.
Clara lui envoya un regard narquois.
– Bon allez, raconte !
– Si tu promets d’arrêter de dire que c’est un malade mental et que je suis folle.
– D’accord. Pardon. Vas-y, raconte tes vacances avec le beau brun ténébreux qui vient de t’enlever et de te forcer à aller chez lui en te trimballant dans le coffre de sa voiture.
– Capucine ! gronda Clara.
– Pardon. Je serai sage. Promis. Raconte, s’il te plaît !
Clara sourit puis se lança.
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Clara peinait à se remettre de ses émotions. C’était lui. Il avait pris la peine de se renseigner sur son emploi du temps. Passer ses congés en sa compagnie plutôt que dans son appartement pourri ? Plutôt deux fois qu’une. Bon, d’accord, elle ne savait pas où elle était ni ce qu’il comptait faire, ni même qui il était d’ailleurs. Ces pensées lui firent monter le rouge aux joues et son ventre se contracta de bonheur. Elle en aurait presque ronronné.
Il l’attrapa par le bras et la força à avancer. Elle suivit difficilement. Les yeux bandés et les mains attachées dans le dos, elle craignait de tomber. Il la menait à un train d’enfer, indifférent à ses gémissements terrifiés.
Finalement, il la poussa et Clara se sentit tomber en avant. La peur la fit de nouveau se pisser dessus. Elle tomba le visage en avant sur un matelas mou et tendre. Elle en rit et en pleura en même temps. Il adorait jouer à la posséder.
Les chevilles de Clara furent liées en un instant. Il la força à plier les genoux puis quelque chose relia ses entraves de pied à celle de ses mains. Après quoi, ce fut le silence total et plus rien ne toucha Clara.
Sur son matelas doux, elle tenta de bouger pour prendre une position plus confortable. Sur le côté, la tension était moins forte mais présente tout de même. Elle gémit dans son bâillon. Nul ne répondit à sa supplication étouffée. Était-il parti en la laissant seule ici ? Elle tenta de retirer le bandeau en frottant sa tête contre le matelas et y parvint.
Ses yeux mirent un moment à s’habituer à la luminosité. Elle se trouvait dans une magnifique véranda meublée à l’ancienne. Le matelas blanc détonnait dans le paysage. Le beau brun se trouvait là, dans un fauteuil confortable en cuir. Il la regardait en souriant. Clara gémit.
– Non, non, je ne vais pas te retirer le bâillon maintenant. Je sais très bien ce que tu veux me dire : « Espèce de connard, vous auriez pu prévenir. »
Clara ronchonna. Il lisait ses pensées. Elle ricana. Il sourit plus franchement.
– Tu l’auras compris : j’adore posséder une femme, dit-il. J’aimerais vraiment qu’on joue au ravisseur et sa victime. Ce type de jeu peut s’avérer délicat à accepter pour l’esprit comme pour le corps. Normalement, ça devrait passer car nous savons l’un comme l’autre que c’est pour un temps limité. Vendredi prochain, je te ramène chez toi. Il te faudra bien le week-end pour t’en remettre.
Clara l’écoutait et plus il décrivait ce qu’il voulait, plus elle mouillait.
– Ceci dit, continua-t-il, je veux que ça reste un jeu plaisant pour nous deux. Donc, si à un quelconque moment, tu n’y prends plus plaisir, si quelque chose te déplaît, n’hésite pas à me le faire savoir.
Clara gronda dans son bâillon.
– Pas maintenant, répondit-il. Toujours partante ?
Clara hocha frénétiquement la tête.
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– Tu es malade, murmura Capucine avant de lever les mains et de rajouter : pardon, excuse-moi. Je me tais, promis. Continue !
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– Parfait, continua-t-il, tout sourire. Donc, tu es ma prisonnière. Et tu vas sagement faire tout ce que je te demande.
Clara sentit son cœur bondir à ces mots.
– Commence par te mettre à genoux, ordonna-t-il.
Clara dut s’y prendre à plusieurs reprises mais finalement, elle parvint à faire ce qu’il demandait. Il s’approcha d’elle et elle lui lança un regard terrorisé. Elle n’eut pas beaucoup à jouer la comédie. Elle se demandait vraiment si elle ne venait pas de se mettre dans le pétrin. Après tout, elle ne le connaissait à peine.
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– Ah quand même ! s’exclama Capucine. Un sursaut de lucidité !
– Tu vas arrêter de me couper la parole !
Capucine grogna mais resta silencieuse.
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Il s’approcha de Clara avec une paire de ciseaux et commença à découper ses vêtements. Clara frémit.
– Je connais tes difficultés financières. Tout ce que je détruis, je le remplacerai, précisa-t-il. Ce ne sont pas un chemisier, une jupe et un ensemble de sous-vêtements qui vont me mettre sur la paille.
Clara sourit. Elle adorait sa prévenance. Elle le trouva adorable.
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Capucine secoua la tête, désespérée, mais parvint à ne pas ouvrir la bouche.
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Clara se retrouva rapidement nue. Il se replaça dans le fauteuil et la regarda en silence. Clara n’osait pas lever les yeux, de peur de croiser son regard avide. Elle se mit à trembler, non de froid car la véranda était chauffée en ce frais crépuscule, mais d’inconfort. Elle craignait ce qu’il allait faire d’elle. Elle s’imaginait des scènes, toutes plus perverses les unes que les autres.
Il sourit, comme s’il avait lu dans ses pensées toutes les images pornographiques qui venaient de défiler. Il ouvrit le sac à main de Clara et en sortit son smartphone.
– Quel est ton schéma de déverrouillage ? demanda-t-il.
Clara se tendit. Lui donner l’accès à ses données personnelles, ses photos, ses messages ? Et puis quoi encore ? Certainement pas ! Lisant son refus sur son visage, il se leva, attrapa une longue tige souple, rejoignit sa prisonnière d’un bond et sans attendre, il abattit l’arme sur ses fesses. Clara hurla de douleur dans le bâillon.
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– Badine ! comprit Capucine. La vache, il n’y est pas allée de main morte pour une première fois. Ça fait super mal.
– Dis donc, tu en sais des choses, toi. Madame « C’est toi l’experte » semble bien renseignée sur le sujet.
– Je lis des histoires érotiques, indiqua Capucine. Je n’ai jamais testé mais il paraît que ça fait super mal.
– C’est ça, s’amusa Clara. Bien sûr. « On m’a dit ».
Clara leva les yeux au ciel avant de reprendre son récit.
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Clara s’assit sur ses fesses afin de protéger son postérieur. La réaction de son ravisseur fictif fut de lui empoigner les cheveux, de lui tirer un peu la tête en arrière avant d’abattre l’arme sur sa poitrine rebondie. Clara en eut le souffle coupé et elle fondit en larmes. Il la lâcha tandis qu’elle sanglotait. Elle n’en revenait pas. Elle ne s’attendait pas à ça et pourtant, c’était prévisible. Bien sûr qu’il ferait en sorte de se faire obéir.
– Ton schéma ! gronda-t-il.
Clara dessina son « L » de son index droit dans l’air. Il répéta le geste sur l’écran puis retourna s’asseoir. Elle le vit brancher son téléphone à un ordinateur portable et pianoter. La douleur avait beaucoup diminué lorsqu’il annonça :
– Deux interlocuteurs : ta mère et ta meilleure amie, Capucine.
Clara frémit. Il venait vraiment de fouiller sa vie, son téléphone ?
– Un rendez-vous cette semaine, chez le dentiste. Tu as un problème aux dents ?
Clara fit « non » de la tête.
– Simple rendez-vous de suivi ?
Clara acquiesça d’un geste. Elle ne voulait pas qu’il reprenne la badine. Il prit son propre téléphone, composa un numéro et une sonnerie s’éleva, prouvant qu’il avait mis sur haut parleur.
– Cabinet du docteur Pichon, j’écoute.
– Mme Brent aimerait repousser son rendez-vous de mercredi à 15h.
– Bien sûr, répondit la standardise. Je peux vous proposer le jeudi 22 à 18h.
– C’est parfait. Merci. Au revoir.
– Au revoir, monsieur.
C’était aussi simple. Clara n’en revenait pas. La standardiste n’avait pas demandé de raison ni requis qu’il indique qui il était pour ainsi bouger le rendez-vous de quelqu’un. Elle en eut le souffle coupé. Il fallait dire qu’il parlait avec un tel aplomb ! Il respirait le charisme et la confiance en soi. Elle se sentit biche dans les pattes du lion et fondit à cette pensée.
– Deux communications en moyenne par semaine avec ta mère. Une téléphonique le dimanche vers 14h et l’autre par sms, généralement le mercredi.
Ah bon ? Clara ne s’était pas rendue compte qu’elle était aussi routinière. À bien y penser, oui, cela ne devait pas être trop incorrecte.
– J’ai donc jusqu’à dimanche 14h pour te dresser et faire en sorte que cette conversation se passe bien. C’est largement suffisant.
Un frisson parcourut Clara de la tête aux pieds. Elle sentit son intimité se tremper. Putain, il savait lui parler !
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Capucine secoua la tête. Elle se retenait à grand peine de hurler.
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– Pour les échanges sms, l’intelligence artificielle a largement assez de données pour t’imiter à la perfection. Tu penseras à lire les échanges une fois de retour chez toi histoire de t’informer de ce que ton double numérique a dit à ta mère en ton absence.
Une machine pouvait-elle vraiment faire ça ? Clara en trembla de terreur.
– Capucine maintenant, continua-t-il tandis que Clara peinait à intégrer toutes les informations. Vous échangez tous les deux jours, uniquement pour déterminer l’horaire exact de votre prochain rendez-vous en face à face. Quand es-tu tombée malade pour la dernière fois ?
Il regardait son ordinateur lorsqu’il avait posé sa question. Il ne s’adressait donc pas à Clara. Il pianota et moins de dix secondes plus tard, il indiquait :
– Le 12 janvier. T’es pas souvent malade !
Clara n’en revint pas. Comment avait-il déterminé cela parce que de fait, c’était la vérité !
– Comment as-tu géré Capucine ? OK, l’IA a ce qu’il faut. Là encore, tu liras tes échanges avec ta copine à ton retour.
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– Ce n’était pas réellement avec toi que je discutais alors que tu me disais avoir une gastro et ne pas vouloir me voir de peur de me la refiler ?
– C’est ça, confirma Clara.
– Mais… on a eu de supers longs échanges par message.
– Je sais. Je les ai lus en rentrant.
– Je ne me suis pas doutée une seule seconde que ça n’était pas toi !
– Cette IA m’a sacrément bien imitée, j’admets.
– C’est terrifiant.
Clara acquiesça.
– Je continue ?
– Oui, oui, bafouilla Capucine, toujours choquée.
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La nuit était tombée. Il laissa le téléphone de Clara branché à son ordinateur puis se leva. Il vint derrière sa prisonnière et délia ses chevilles mais pas ses mains ni ne toucha à son bâillon. Clara commençait à sacrément souffrir de la mâchoire.
– Lève-toi, ordonna-t-il.
Les jambes en compote, Clara eut du mal à obéir mais y parvint en grimaçant.
– Écarte davantage les cuisses, petite pute.
Clara frémit. Elle n’appréciait pas l’insulte.
– Tu n’aimes pas que je t’appelle comme ça ? comprit-il. Je fais ce que je veux et toi, tu subis sans broncher. C’est clair ?
Son ton la glaça. Elle hocha la tête avant d’obéir à son injonction.
– C’est mieux ainsi, lança-t-il. Maintenant, agenouille-toi.
Elle obtempéra.
– Le dos droit. La tête levée et le regard droit devant. Les épaules en arrière. Ouvre les cuisses de manière à ce que tes genoux soient aussi écartés que tes épaules. Voilà, c’est bien. Lève-toi.
Clara gémit. Elle le vit attraper la badine. Clara se releva rapidement. Elle ne voulait surtout pas qu’il la frappe encore. Un nouveau coup cingla ses fesses. Elle cria avant de se tourner vers le brun pour lui envoyer un regard noir.
– Les épaules en arrière, le dos droit, le regard fixé devant toi.
Elle obéit. Il tourna autour d’elle. Elle le suivit des yeux.
– Le regard fixé devant toi, répéta-t-il. Tu n’as pas à regarder ce que je fais.
Clara obéit.
– À genoux, ordonna-t-il.
Elle obéit. Un coup cingla ses fesses. Clara gémit en lui lançant un regard suppliant.
– Position ! gronda-t-il.
Elle se redressa, leva le nez, prêta attention à son regard et écarta les cuisses comme requis. Elle se sentait tellement vulnérable. Elle crevait d’envie qu’il la baise ou au moins qu’il la touche, et pas avec sa badine ! Il ne semblait pas décidé.
– Debout.
Malgré la fatigue, elle se releva et puisa dans ses dernières forces pour prendre une position parfaite.
– À genoux.
Combien de temps allait-il jouer à ce petit jeu ? Debout. Couchée. Debout. Couchée. N’était-elle que son chien ? Non, comprit-elle. Elle était le jouet d’un enfant capricieux. Elle serait sa poupée pendant une semaine entière. Il ferait d’elle ce qu’il voulait. Elle se détendit à cette pensée et ce fut avec un sourire sous son bâillon qu’elle s’agenouilla en prenant soin de lui offrir une position parfaite.
– Te voir heureuse est un vrai bonheur, dit-il.
Il dénoua la ceinture qui maintenait le bâillon et lui retira le tissu humide. Clara conserva le regard fixe devant elle et garda le silence. Il posa un verre d’eau sur les lèvres et elle but, avide d’hydratation. Il avait eu raison d’attendre avant de lui retirer le bâillon car maintenant, elle n’avait plus du tout envie de l’insulter, de lui crier dessus ou de se plaindre.
– Merci, monsieur, dit-elle et ses remerciements ne concernaient pas seulement le verre d’eau.
– Mon plaisir, répondit-il. Debout et suis-moi.
Il entra dans la maison, délaissant la véranda. Elle découvrit un salon puis une salle à manger et enfin, une grande cuisine.
– À genoux, ordonna-t-il en désignant un point précis sur le sol.
Clara s’y plaça et il se mit à faire la cuisine. Clara n’avait rien mangé depuis le déjeuner. Elle sentit son estomac gargouiller.
– Position, gronda-t-il.
Clara ne le faisait pas exprès. Elle voulait lui offrir une position parfaite mais peinait. Elle n’avait pas l’habitude de solliciter ainsi ses muscles. D’un naturel glandeur sur le canapé, elle ne faisait jamais de sport. Cette épreuve lui demandait de se surpasser. Elle se concentra mais la douleur dans les épaules et le dos la fit se courber.
Il ouvrit un tiroir, en tira deux pinces à linge et les fixa sur les tétons de sa prisonnière avant de retourner à sa table de cuisson. Clara serra les dents. Deux de plus rejoignirent leurs cousines peu après. Lorsque le repas fut enfin prêt, Clara en avait trois par sein.
– Debout. Suis-moi.
Il portait un plateau qui semblait lourd. Il ne requit pas d’elle qu’elle l’aide. Ils retournèrent à la salle à manger. Il déposa son plateau sur la table puis s’assit avant de claquer des doigts en désignant le sol. Clara s’y mit à genoux et il commença à manger. L’estomac de Clara gargouilla. Elle garda le silence, attendant sagement.
Il lui tendit sa main droite dans laquelle se trouvait un ravioli tiède. Clara, morte de faim, se rua dessus. Il retira sa main au dernier moment. Clara se recula en tremblant.
– Tu vas recommencer en te montrant beaucoup plus douce. J’ai cru que tu allais me mordre. Calme.
Clara gloussa. Elle devait bien admettre avoir été un peu agressive dans son geste. Il lui reproposa la nourriture et elle s’avança lentement. Elle prit le morceau en bouche.
– Embrasse ma main avant de commencer à mâcher ou d’avaler.
Clara le fit très volontiers. Ce petit jeu lui plaisait.
——————————————————–
– Il t’a toujours nourrie comme ça ? demanda Capucine.
– Non, indiqua Clara. Parfois, il jetait la nourriture par terre. À d’autres moments, il posait une assiette au sol et je devais plonger le nez dedans. En revanche, mes mains ont toujours été liées dans mon dos.
– Tous les repas pendant une semaine entière ?
– Oui, confirma Clara.
– Ça doit être dur !
– C’était juste pour une semaine.
– Certes, mais quand même !
– Le plus compliqué à ce moment-là était que mes mains étaient liées par un bout de plastique et ça cisaille, ce machin. Ce n’est pas du tout confortable. Les autres repas, eux, ont été difficiles parce qu’à chaque fois, j’avais des pinces sur le corps.
– Tu veux dire qu’il ne te les avait pas retirées ?
– Non, il ne les enlevait qu’après le repas. Je n’ai pas été capable de tenir une seule préparation à la cuisine sans avoir au moins une paire de pinces. Je ne suis vraiment pas sportive et ça a l’air de rien, mais c’est super fatigant le BDSM.
Capucine rit à cette remarque.
– T’as perdu du poids ?
– Cinq kilos. Meilleur régime au monde !
Capucine explosa de rire.
– Il cuisinait à chaque fois ?
– Oui, sauf les petits-déjeuners. Le matin, il y avait toujours des viennoiseries fraîches disponibles. Je suppose qu’un genre de serviteur s’en chargeait. Je ne sais pas. Je n’ai jamais croisé quiconque travaillant là-bas mais vu que la maison était tout le temps propre et le jardin entretenu, il devait forcément y avoir des gens. Je ne me suis juste pas rendue compte de leur présence.
– Il cuisine bien ?
– Oui, plutôt. Ce n’était pas du cinq étoiles mais je m’en fous.
– Il t’a fait faire la vaisselle ou un truc du genre ?
– Jamais. Là aussi, quelqu’un devait s’en charger. Il ne débarrassait même pas la table. Or tout était nickel au repas suivant.
– Tu n’as vraiment jamais vu personne ?
– Travaillant pour lui, non.
– Mais tu faisais quoi de tes journées ?
– Du BDSM.
– Tu ne pouvais pas baiser toute la journée !
– Ben si, répondit Clara.
Capucine en fut bouche bée.
– OK, raconte, finit-elle par lâcher. Il s’est passé quoi après le repas ?
——————————————————–
Il mena Clara dans la maison. Après un petit couloir, ils débouchèrent sur une grande chambre très bien décorée avec un immense lit double. Des couleurs chaudes, des meubles anciens, une couverture moelleuse.
Ils la traversèrent pour se retrouver dans la salle de bain attenante. Moderne, lumineuse dans des tons roses, double vasque, grande douche à l’italienne, toilettes, tout brillait de propreté.
– À genoux, ordonna-t-il.
Malgré la fatigue, elle prit la position demandée en prenant soin de respecter ses préférences. Il retira les pinces d’un geste rapide. Clara hoqueta de douleur et ne fut pas en mesure de garder la position.
– Redresse-toi ! gronda-t-il.
– Ça fait mal ! chouina Clara.
– Le retrait est toujours plus douloureux que la pose, indiqua-t-il.
Clara serra les dents. Elle l’ignorait mais visiblement, pas lui.
Le regard droit devant elle, elle le vit néanmoins, sur sa gauche, sortir un collier en acier d’un tiroir et l’ouvrir. Quatre anneaux l’ornaient, répartis sur son contour. Il lui passa autour du cou et le fixa. Clara se sentit vraiment possédée.
Il sortit quatre autres entraves, identiques au collier mais plus petites. Il passa derrière Clara pour orner ses chevilles. Puis, Clara entendit un bruit de chaîne et un clic retentit au niveau de sa nuque.
Enfin, ses mains furent libérées. Clara en ressentit un grand soulagement. Ses épaules hurlèrent leur contentement. Il prit délicatement chaque poignet et referma une entrave sur chacun d’eux.
– Tu peux te lever et prendre soin de toi, indiqua-t-il avant de s’adosser au mur et de sortir son téléphone portable.
Clara dut s’avouer perdue.
– Pipi, douche, brossage de dents. Je ne quitterai pas la pièce, précisa-t-il.
Clara se leva pour se découvrir dans le miroir en face d’elle. Une chaîne pendait depuis le plafond, reliée à son collier.
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– Ce mec a une chaîne prête à être utilisée dans sa salle de bain ?
Clara acquiesça.
– C’est un malade, insista Capucine. Tu as fait quoi ?
– J’ai libéré ma vessie qui en avait grand besoin.
– Devant lui ?
– Ben oui, bien forcée !
– Et tu as ressenti quoi ?
– Une honte intersidérale. Et en même temps, je mouillais plus que jamais. J’aurais tellement voulu qu’il me prenne, là, maintenant, qu’il me touche, qu’il y ait un contact physique, n’importe lequel, entre lui et moi. Je n’en pouvais plus de cette attente. Je mourrais de désir inassouvi.
Capucine ricana.
– C’est vrai qu’il ne t’a pas vraiment touchée depuis le début. Il ne comptait pas prendre du plaisir ?
– Il prenait du plaisir. D’une manière différente.
– Le BDSM, ce n’est vraiment pas pour moi.
– Tu laisses bien Francis te passer ses menottes, rétorqua Clara en désignant les poignets marqués de sa meilleure amie.
– Des menottes, une petite fessée et voilà. Rien qui ressemble à ça. Rassure-moi ! Il t’a baisée au moins une fois dans la semaine ?
– Si tu parles d’enfoncer sa bite dans ma chatte, alors la réponse est non.
– Oh merde ! Sans déconner ?
Clara acquiesça.
– Mais tu as eu du plaisir ?
– Énormément, soupira Clara.
– Tu as l’air de le regretter.
– Laisse-moi raconter. Tu vas comprendre.
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Clara découvrit la douche, grande et proposant de nombreux produits lavants. Elle se nettoya, appréciant le contact de l’eau chaude sur son corps. Les marques de badine la brûlèrent un peu mais elle passa outre et profita de ce moment de douceur.
Il ne lui adressa pas la parole, ne lui demanda rien, ne s’agaça pas, ne requit pas d’elle qu’elle accélère. Il naviguait sur son téléphone sans s’intéresser à la scène en cours. Clara ressortit, propre et sentant bon. Elle s’essuya avec une serviette puis la reposa sur son support chauffant.
Elle attrapa la brosse à dents dans le verre rose. Il ne dit rien. Clara avait bien compris le code couleur « bleu » pour lui et « rose » pour elle. Elle profita de ce moment pour avaler un nouveau verre d’eau puis se positionna debout, devant lui, avant d’annoncer d’une voix soumise :
– J’ai fini, monsieur.
Il rangea son téléphone dans sa poche et leva sur elle un regard neutre. Il ne semblait pas excité le moins du monde. Clara trouva cela légèrement insultant, sans pouvoir exactement expliquer pourquoi.
– Mains dans le dos, ordonna-t-il.
Il attacha les deux entraves d’un cadenas puis lui passa un bandeau sur les yeux. Elle se retrouva dans le noir, remplie d’espoir qu’il la baise sur ce carrelage froid. Elle entendit des bruits de tissu. Il venait sans aucun doute de se dévêtir et Clara sentit son envie monter.
Des bruits d’eau lui annoncèrent qu’il prenait sa douche. Clara se mordit les lèvres de frustration. Elle l’entendit sortir puis se brosser les dents. Finalement, il lui retira le bandeau. Il était en tee-shirt et short. Il s’était changé et lavé sans lui laisser la possibilité de le mater. Clara en trembla de rage.
Il libéra son collier puis l’amena dans la chambre, dégagea une chaîne sous le lit qu’il fixa à la cheville droite de Clara, après quoi il libéra ses mains. Il ne détachait jamais un lien sans avoir placé le précédent. Il agissait vraiment comme un ravisseur avec sa prisonnière. L’effet était grisant.
– Au lit, dit-il. Il est tard.
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– Attends ! Ne me dis pas qu’il voulait juste dormir là ?
– Si, confirma Clara. Je lui aurais volontiers arraché les yeux. Je me suis couchée nue, sous la couverture chaude, l’entrave lourde à ma cheville droite. Il m’a rejoint sous la couette. Il a éteint la lumière, m’a pris dans ses bras et m’a murmuré un « Bonne nuit » auquel j’ai répondu « Bonne nuit, monsieur ».
– Il n’a pas profité de toi ?
– Non, dit Clara. Moi non plus je n’en revenais pas. Il s’est endormi super vite et pour tout t’avouer, moi aussi. J’avais ma journée de travail dans les pattes. Se faire enlever consomme sacrément d’énergie. À cela s’ajoutait le BDSM du soir. Je n’en pouvais plus. Je me suis endormie comme une masse.
– C’est plutôt une bonne chose qu’il n’ait rien fait ce soir-là alors.
– Il ne faisait jamais rien le soir.
– Tu as dormi nue avec lui toutes les nuits et il n’en a jamais profité ?
– Non. Il ne s’est jamais rien passé dans ce lit.
Capucine secoua la tête en soupirant.
– Bon, ben, on passe au samedi alors, je suppose, proposa Capucine, toujours abasourdie.
– Le matin, il faisait les gestes inverses. D’abord m’attacher les mains dans le dos, détacher ma cheville, m’amener à la salle de bain, attacher mon collier puis me bander les yeux. Il se préparait – se changer, se raser, se coiffer et se brosser les dents – puis c’était mon tour. Je faisais pipi et je devais me maquiller. Il m’avait précisé qu’il appréciait mon maquillage léger alors je faisais comme d’habitude.
– Il avait les cosmétiques nécessaires ? Il était mariée et tu utilisais le matériel de sa femme ?
– Sa salle de bain contenait tout le nécessaire. À gauche pour homme. À droite pour femme. Je doute qu’il soit marié. Je suppose ne pas la seule à être invitée à partager sa vie pour une semaine.
– Tu crois qu’il y a d’autres femmes avec qui il fait ça ?
Clara hocha la tête.
– Ça ne te dérange pas ? s’exclama Capucine.
– Non, pourquoi ? Ce n’est pas mon partenaire. C’est juste un plan cul. Aucun de nous n’a jamais requis l’exclusivité. Il peut bien baiser qui il veut et moi aussi.
– À ma connaissance, il ne te baise même pas, rétorqua Capucine.
– Question de point de vue, répondit Clara et Capucine admit que sa copine avait raison.
– Bon, du coup, tu as mangé le petit-déjeuner dans sa main. Et après ?
– En fait, il s’est passé quelque chose avant, la contra Clara.
– Ah bon, quoi ? dit la blonde soudain intéressée.
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Clara avait fini de se préparer. La vessie vide, les dents propres, le visage maquillé, les cheveux coiffés, son reflet dans le miroir la troublait. Plus que tout, ce collier et sa chaîne la faisaient frissonner.
– Tu aimes ce que tu vois ? demanda-t-il.
– Oui, monsieur.
– Moi aussi, indiqua-t-il. Rajoute ça.
Il posa devant le lavabo deux sex-toys en plastique mou en forme de pénis, un petit et un plus gros. Un plug et un gode, sans aucun doute. Il désigna un flacon transparent.
– Tu peux utiliser du lubrifiant, si tu veux.
Elle attrapa le plug, l’enduisit de lubrifiant visqueux puis se pencha un peu pour l’insérer plus facilement. Le sexe anal ne l’avait jamais attirée, sans la rebuter non plus. Il ne faisait pas partie de ses pratiques quotidiennes, sans constituer un refus net. De plus, là, elle s’insérait elle-même le plug. Cela facilitait grandement l’acceptation. Une partie d’elle aurait aimé qu’il s’en charge lui-même. Un vrai ravisseur l’aurait probablement fait. Là, il jouait la sécurité. Ce n’était qu’un jeu après tout. Inutile de risquer de la blesser.
Une fois le gode inséré, Clara se redressa, découvrant cette nouvelle sensation de double pénétration. C’était une première pour elle. Elle ondula du bassin pour mieux sentir.
Un tube en plastique s’entoura autour de ses hanches. Un autre passa entre ses jambes. Elle aida son ravisseur à ajuster l’ensemble, ignorante de ce qui se tramait. Un cadenas se fixa au niveau de son nombril. La culotte en métal recouverte de plastique protecteur la serrait sans la blesser. Elle appuyait sur les sex-toys, les maintenant bien en place.
– Elle te va bien, annonça-t-il. Quelque chose à dire ?
Elle fit non de la tête.
– Ouvre la bouche.
Elle obtempéra. Il glissa à l’intérieur un gode épais mais court et le fixa d’une lanière derrière son crâne.
Clara se regarda dans la glace. Un filet de bave commençait à apparaître au coin de ses lèvres. Elle se donnait l’impression d’être une sacrée salope. Elle en frissonna de plaisir. Il attacha une chaîne d’une trentaine de centimètres entre les poignets de Clara puis une autre entre ses chevilles. Alors seulement il détacha celle de son collier.
– À quatre pattes.
Clara prit la position demandée. Le mouvement fit se déplacer les sex-toys dans son ventre, la ceinture s’assurant qu’ils restaient bien en place. Il attacha une laisse au collier, passa la boucle à son poignet et se dirigea vers la chambre.
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– Putain ! Il t’a animalisée avec les trois orifices remplis, et une ceinture de chasteté pour ne rien gâcher.
– Je ne savais pas que ça s’appelait comme ça, admit Clara en rougissant d’être aussi ignorante. Tu en lis sacrément beaucoup, des textes érotiques !
– Assez, répondit Capucine. C’est gratuit et ça augmente la libido. Ton histoire est pas mal aussi dans son genre. Continue !
– J’ai passé le petit-déjeuner comme ça. Il m’avait retiré le bâillon, évidemment, précisa-t-elle. Il me l’a remis dès le repas terminé. Puis, il m’a guidée jusqu’à une nouvelle pièce : un bureau. Il s’est installé.
– Tu étais toujours tenue en laisse ?
– Oui. Il a allumé son ordinateur et a commencé à travailler. Je ne saurais pas te dire ce qu’il faisait exactement, des trucs de riches, je n’en sais rien.
– Tu devais faire quoi ?
– Rien.
– Il te faisait quoi ?
– Rien.
– Vous êtes relou avec votre sexe à la con. Tu ne faisais rien du tout ?
– À part baver, le ventre et le cul plein, en position animale, fermée d’une ceinture de chasteté, à côté de lui qui, une fois de temps en temps, me caressait la tête comme si j’étais sa chienne, non.
– Mais c’est pas possible ! C’est quand qu’il sort sa bite ?
– T’as que ça en tête, toi ! Mais oui, à un moment dans la matinée, il m’a enlevée le bâillon, m’a ordonné de me mettre sous le bureau et de le sucer. Alors que je léchais sa verge molle, il a lancé un appel téléphonique.
– Tout en téléphonant ?
– Ça n’a pas eu l’air de le déranger. Par contre, il n’était pas concentré sur moi.
– Il disait quoi ?
– Aucune idée. Il parlait en anglais. Moi, j’étais contente de pouvoir utiliser mes mains. J’ai dû le sucer longtemps pour qu’il se décharge enfin. Il m’avait ordonné d’avaler alors je l’ai fait. Il m’a remis le bâillon et j’ai repris ma place à côté de lui.
– Pas un mot gentil, je suppose.
– Non, confirma Clara. Mais j’adore ça !
– J’avais compris, merci. Vous êtes deux malades qui formez un très joli couple. Tu ne t’ennuyais pas ?
– Tu sais, habituellement, je passe mes congés sur le canapé à regarder des vidéos tik-tok. Ce n’est pas pire.
– C’est probablement même bien mieux. Tu te sentais comment ?
– Je ne sais pas trop comment exprimer ça. C’est véritablement super agréable de n’avoir rien à penser. Plus de facture, de course, de ménage, de choix de vêtement ou d’activité. Quelqu’un d’autre le fait pour toi. Tout ce que tu as à faire, c’est suivre. Par contre, j’avais le corps en feu. Je voulais du sexe. J’avais tellement envie de jouir ! Les sex-toys dans mon ventre me remplissaient vraiment bien. Ils n’étaient pas hyper gros mais pas petits non plus. Me sentir ainsi possédée m’excitait tellement. Et lui, il s’en fichait. J’ai essayé de gémir pour attirer son attention. Sa réaction a été de me caresser les cheveux. Une fois, j’ai insisté. Il m’a répondu d’un « chut » agacé.
– Le salopard !
– Il travaillait. Je ne devais pas le déranger. Je ne voulais pas goûter encore à la badine alors j’ai obéi.
– Tu as dû rester ainsi longtemps ?
– Toute la matinée. Il ne s’est levé que pour aller pisser – et je l’ai accompagné – puis pour aller préparer le déjeuner. J’ai reçu des pinces, n’étant pas capable de tenir la position correctement, puis nous sommes allés manger.
– Il t’a laissée le ventre rempli ?
– Oui, il a juste retiré le bâillon. Après le déjeuner, il m’a amenée dehors. En face de la véranda, il y avait un foudre. Tu sais ce que c’est ?
– Aucune idée, admit Capucine.
– C’est un immense tonneau. C’est lui qui m’a donné ce mot. Il m’a dit que ce truc était purement décoratif aujourd’hui mais que dans le temps, il avait réellement servi à contenir du vin. Vu la taille, il devait contenir des milliers de litres ! Il était plus haut que lui et il aurait fallu trois comme moi pour en faire le tour.
– Je ne savais pas que ça existait, admit Capucine.
– Ce foudre avait été légèrement modifié. Il m’a placée dos à lui, face à la véranda. Il a commencé par boucler mon collier. Ma tête s’est retrouvée collée au bois. Je ne pouvais plus m’en éloigner. Il a libéré mes bras pour les attacher derrière, à des anneaux. Il a ensuite fait pareil à mes chevilles. Je ne sais pas si tu comprends bien mais un tonneau, c’est rond. Du coup, mon corps était arqué devant. Les seins qui ressortent, le sexe en avant. J’étais collée au truc. Pas moyen de bouger. La sensation de vulnérabilité était totale.
– Tu devais kiffer !
– Grave ! admit Clara. Il a retiré les pinces à ce moment-là.
– Toujours sans la moindre douceur.
– Gagné, confirma Clara. Ensuite, il a vidé mes orifices. Le bâillon, la ceinture de chasteté, le plug et le gode, retirés.
– Bon, là, tu étais nue, attachée, livrée à sa perversité. Il a profité de toi quand même !
Clara gloussa. Capucine comprit que non, toujours pas. Elle soupira, agacée.
– Mais il va y avoir du sexe, précisa Clara, enfin je crois que tu vas appeler ça comme ça.
– Vas-y. Balance la purée, proposa Capucine.
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Il s’affaira aux pieds de Clara, qui, attachée comme elle l’était, ne voyait pas ce qu’il trafiquait entre ses jambes. Soudain, un gode s’inséra dans le vagin de la prisonnière. Elle sentit la présence froide d’un lubrifiant. Charmante attention de sa part, mais totalement inutile. Elle avait l’impression de se vider par en bas tellement elle ruisselait.
Il se releva et se recula d’un pas pour l’observer. Il sourit, visiblement ravi de son œuvre. Il sortit son téléphone, navigua dans les applications puis tapa sur l’écran. Le gode se mit à faire des va-et-viens lents dans le ventre de Clara.
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– Une fucking machine ! s’écria Capucine d’une voix suraiguë.
Clara eut l’impression que ses tympans venaient d’exploser. Elle secoua la tête et ouvrit la mâchoire pour faire revenir ses capacités auditives. Une fois de plus, elle ignorait totalement que ce truc s’appelait comme ça.
– C’est assez du sexe pour toi ?
– Carrément ! Tu as joui ?
– Juste d’un truc qui me pénètre hyper lentement ? Impossible. Ça m’excitait à mort mais pas moyen d’aller plus haut.
– Il le savait le salop. Il faisait quoi ?
– Il se trouvait dans la véranda. Il s’était installé derrière son ordinateur pour travailler, je suppose.
– Il t’a laissée comme ça, toute seule, dehors, attachée et pilonnée ?
– Oui, mais avant de partir, il m’a précisé que tous les éléments utilisés étaient résistants à l’eau. J’ai cru qu’il disait ça par rapport à ma mouille, dégoulinante. J’ai vite déchanté.
– Comment ça ?
– Il s’est mis à pleuvoir. Une ondée puissante, genre giboulée de mars mais pas en mars, du coup.
– Je vois bien oui. Il t’a laissée dehors malgré l’averse ?
Clara acquiesça.
– Il t’a vraiment traitée comme de la merde. Tu devais adorer.
– Plus que ça ! confirma Clara alors que Capucine levait les yeux au ciel.
– Il t’a laissée là combien de temps ?
– Aucune idée. Quand il est venu me voir pour la première fois, j’étais sèche mais pas mes cheveux.
– Il a fait quoi ?
– Il m’a dit qu’il trouvait que je décorais agréablement son jardin. Il m’a donné à boire et il est reparti travailler.
– Tu dis ça avec un tel sourire ! Putain, moi, je l’aurais insulté !
– Tu n’es pas moi.
– Assurément !
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Clara luttait contre ses liens mais rien ne bougeait. Pas moyen de broncher. Et ce gode qui réalisait des allers et retours dans son vagin ! Elle voulait jouir. Elle le désirait tant. Rien à faire. Cette pénétration douce ne la comblait pas. Juste assez pour l’exciter. Pas assez pour la faire exploser.
Il la rejoignit. Il lui donna à nouveau à boire puis il s’accroupit face à elle. Il manipula la machine sans faire cesser ses mouvements. Elle ne voyait pas ce qu’il faisait. Quelque chose de doux entra en contact avec le haut du sexe de Clara. Elle ne pouvait pas voir quoi.
Il dégaina son téléphone, navigua un instant puis leva les yeux sur elle, sourit, puis tapa l’écran. En un instant, un tsunami se déclencha. Le gode accéléra le rythme, la pilonna efficacement tandis que la boule douce sur le clitoris de Clara se mettait à vibrer.
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– Une magic wand ! explosa Capucine en sautillant sur le canapé.
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Le plaisir monta très vite, très fort. Elle était tellement sensible. Frustrée depuis la veille, les actions conjointes de la fucking machine et de la magic wand la propulsèrent au sommet. Elle hurla sa jouissance. Aucune des machines ne décéléra si bien que le plaisir continua à monter. Clara ignorait qu’il y avait quelque chose au-delà de cette jouissance.
Elle sentit quelque chose de différent, de plus fort, de profond, d’incontrôlable la saisir.
– Non, non ! hurla-t-elle, terrorisée par ses propres ressentis.
– Tu n’as pas le choix, répondit-il.
Clara tira sur ses liens. Elle ne pouvait pas bouger, pas même d’un millimètre. Il voulait qu’elle subisse cela. Le plaisir monta encore et Clara explosa en un orgasme puissant. Ce fut comme si un volcan crachait de la lave.
Les machines ne s’arrêtèrent toujours pas de s’occuper d’elle. Clara revint un peu sur Terre, le sexe un peu anesthésié, mais les vibrations et les caresses sur ses muqueuses allaient bientôt la refaire décoller, elle le sentait.
– S’il vous plaît, monsieur, faites cesser.
– Non, dit-il simplement. Amuse-toi bien.
Il retourna sous la véranda.
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– Quoi ? s’étrangla Capucine. Il t’a laissée toute seule aux mains du duo infernal ? Mais tu as été obligée de jouir combien de fois ?
– Trop, indiqua Clara. J’en avais tellement envie. Les premières jouissances étaient très agréables. Je ne me suis jamais sentie aussi bien, aussi détendue. J’ai explosé, encore et encore. Et tu sais quoi ? Au bout d’un moment, ça fait mal. Il est revenu me voir. En larmes, je l’ai supplié de faire cesser. Il a refusé.
– Tu n’as pas dit ton safeword ?
– Mon quoi ?
– Clara, putain, tu avais un safeword n’est-ce pas ?
– C’est quoi ?
– Le mot d’arrêt, le signal, ta sécurité. Tu dis le mot et tout s’arrête. Ça permet à la soumise de faire cesser si la scène lui déplaît.
– Mais j’étais ravie ! s’exclama Clara.
Capucine leva les yeux au ciel.
– On s’en fout ! hurla la blonde. Tu dois avoir un safeword ! C’est nécessaire !
– Ben j’en avais pas. Et tu lis trop d’histoires érotiques.
– Il suffit d’en lire une seule ! Toutes les histoires contenant du BDSM parlent du safeword et de son importance capitale.
– J’en avais pas, répéta Clara.
– Il t’a torturée, assura Capucine.
– Et j’en veux encore.
– Ce n’est pas sécurisé, Clara. Tu ne dois jamais le revoir. Ce que tu fais avec lui, ce n’est pas sain pour toi.
– Il a toujours pris soin de moi. J’ai adoré ce qu’il m’a fait. Je n’ai jamais connu un tel plaisir.
– Ce n’est pas bien, Clara. Je t’assure. Qu’est-ce que ce malade t’a fait après ?
– Je ne suis plus très sûre d’avoir envie de te le dire, vu comme tu réagis.
– S’il te plaît, dit Capucine avec des yeux de chien battu.
Clara craqua.
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Clara hurla, pleura, supplia. Elle n’en pouvait plus. C’était trop. Et dire que ce plaisir, elle avait espéré le recevoir depuis la veille. Elle n’en avait jamais eu autant mais tous ses récepteurs nerveux tremblaient. Elle ne voulait plus jouir mais son corps lui échappait totalement. Elle ne contrôlait plus rien. Elle se débattait furieusement contre les liens mais rien ne bougeait.
Après un temps qui lui sembla infini, il approcha et la torture cessa. Il attacha une longue chaîne de son collier à un anneau sur le foudre avant d’entreprendre de détacher sa prisonnière. Il la soutint sans quoi elle se serait ramassée sur le sol.
Il la déposa sur l’herbe. Clara tremblait de partout. La dépense avait été intense. Il l’aida à s’asseoir puis lui proposa à boire et à manger, du sucré, un goûter très appréciable.
– Tu sais ce que j’aime bien chez toi ? dit-il tout d’un coup.
Clara secoua négativement la tête.
– Tu te tais. La plupart des femmes que je dresse subissent de lourdes contraintes de paroles. Avec toi, je n’en ai pas besoin. Tu ne m’ennuies jamais avec du babillage inutile.
Clara sourit. Il était certain qu’elle n’était pas bavarde.
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– Je confirme. Tu m’as adressé autant de mots ce soir que dans l’année dernière toute entière, s’amusa Capucine. Ceci dit, je ne m’en plains pas ! Continue.
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Clara reprit des forces. Son esprit s’éclaircit.
– C’est l’heure de la promenade, annonça-t-il.
La promenade ? pensa Clara. Elle ne se sentait même pas capable de se lever.
– À genoux, ordonna-t-il.
Elle se mit dans la position requise. Il n’eut pas besoin de la rabrouer pour sa posture. Elle était parfaite. Clara se sentait intensément détendue.
Une corde s’enroula autour de ses deux poignets réunis dans son dos, avant d’entourer son torse au-dessus, puis en-dessous des seins, comprimant la poitrine, faisant ressortir sa poitrine déjà imposante. Elle observa cela avec circonspection.
– Shibari, dit-il. L’art japonais des cordes.
– Vous semblez doué.
– Non, répliqua-t-il. Ce truc est la base, la première chose qu’on apprend quand on prend des cours.
– Vous semblez savoir ce que vous faites, insista Clara.
– Parce que je le pratique quotidiennement. Je suis incapable de faire autre chose avec une corde.
– Je vois. C’est comme ces gars qui apprennent à jouer un seul morceau à la guitare et qui emballent de cette manière.
– C’est ça, confirma-t-il.
– Ça fonctionne, dit-elle.
Il rit en retour.
– Debout, ordonna-t-il.
Il détacha la chaîne la reliant au foudre et il l’emmena dans un petit cabanon derrière la maison. Du petit réduit, il tira ce qui ressemblait à un char de gladiateur romain.
– Viens-là.
Il lia ses hanches au véhicule, à l’emplacement du cheval. Il lui mit ensuite un mors dans la bouche et monta sur le char.
– Avance, ordonna-t-il.
Clara se tourna vers lui, le regard halluciné. Il comptait vraiment qu’elle joue la pouliche ? Elle peinait déjà à se tenir debout, les orgasmes sur le foudre lui ayant pris toute son énergie. Il se pencha et déroula un fouet. Clara se dépêcha de tirer pour avancer. Elle fut étonnée d’y parvenir.
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– Cinq kilos ? s’amusa Capucine. Je suis étonnée que tu n’aies pas perdu davantage.
– Il me nourrissait très bien, rappela Clara.
– Il a eu besoin de l’utiliser, ce fouet ?
– Non, indiqua Clara. J’ignore ce que ça fait. Il n’a jamais touché ma peau. J’ai été une gentille pouliche obéissante.
Capucine ricana.
– La peur donne des ailes.
– Je suppose, sourit Clara. On a fait le tour des jardins, magnifiques d’ailleurs, sans jamais croiser personne. J’ignore la taille du domaine mais il est immense. Il y avait des coins sublimes, avec des arbres majestueux. Nous avons croisé des statues, une fontaine éteinte, des parterres de fleurs et des ruches.
– Une promenade agréable en somme.
– Franchement ? Oui. Ce n’était pas aussi dur que je l’aurais cru de le tracter. Mes cuisses hurlaient parce que je suis un peu trop souvent vautrée dans mon canapé mais en vrai, la dépense énergétique n’est pas si terrible. L’environnement sublime, le beau ciel bleu, le soleil couchant, mon corps rassasié donnaient des airs surréels à ce moment que j’ai adoré, oui. Je n’avais jamais été dehors nue comme ça. C’est très agréable en fait. Je comprends les naturistes.
Capucine sourit.
– Il a fini par me ramener au cabanon. Après avoir rangé le char, il m’a ramenée à la maison pour la cuisine puis le dîner.
– Toujours des pinces ?
– À chaque repas, rappela Clara. Je ne me souviens plus combien quel jour.
– Je comprends, assura Capucine. Et après ?
– Il m’a retiré le shibari puis douche et dodo.
– Tu t’es endormie immédiatement, supposa Capucine.
– Je venais à peine de m’étendre que je ronflais. Je n’ai jamais été aussi épuisée !
– Tu m’étonnes.
Clara ne répondit rien. Elle resta les yeux dans le vague. Au bout d’un moment, Capucine ne tint plus et s’écria :
– Hé ben ! Continue !
– Continue quoi ? s’étonna Clara.
– La suite ! Il a fait quoi le lendemain ?
– La même chose que la veille. Il est hyper routinier comme mec.
– Tu as subi ça tous les jours ?
Clara hocha la tête. Capucine blêmit.
– Dans le même ordre, avec la même durée pour chaque scène, précisa Clara.
Capucine en resta bouche bée.
– Je n’ai vraiment compris que le lundi, poursuivit Clara. Je veux dire : dimanche, il a refait la même chose que samedi, ok, mais lundi, j’ai pigé qu’il ne changerait jamais le programme. Quand je me suis retrouvée attachée au foudre, mon esprit a failli partir en vrille et j’ai compris pourquoi il m’avait dit ça le premier jour.
– Dit quoi ?
– Que c’était dur mais que ça devrait aller parce que nous étions tous les deux conscients que ça ne durerait que huit jours. Il avait raison. Si j’avais réellement été entre les mains d’un ravisseur inconnu avec pour seul horizon de vivre ça, encore et encore, jusqu’à ce que mon agresseur se lasse et m’égorge, j’aurais perdu la raison. Là, je subissais, mais je comptais les jours, sachant que la libération viendrait, que je retournerais chez moi la tête pleine de ces merveilleux moments. Ça m’a portée, m’a donné la force de me dépasser pour lui. J’étais épuisée. J’avais mal partout. Putain, il faut vraiment que je me mette au sport. J’avais des courbatures à des muscles que j’ignorais posséder. Heureusement que le matin, je n’étais qu’une chienne à ses pieds. J’avais le droit de me rouler en boule et de me reposer. Tous les orifices remplis, ça n’était pas idéal mais il a été vraiment sympa. Il aurait pu faire tellement pire !
Capucine grimaça sans rien dire.
– Tu as vécu une répétition identique, chaque jour ? insista-t-elle.
– Il y a eu trois petites différences. Deux dimanche et une mercredi.
– Raconte, souffla Capucine. Dimanche d’abord.
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Clara trembla d’appréhension. Allait-il vraiment l’obliger une nouvelle fois à subir cette suite insupportable d’orgasmes ? Elle avait envie de jouir, elle ne pouvait le nier. La promenade en pouliche de la veille, la découverte du shibari qui l’accompagnait, l’animalisation du matin et la fucking machine attachée au foudre, tout l’avait excitée. Et encore, elle oubliait le fait de manger dans sa main, la fellation complète sous le bureau, les pinces sur les seins dès qu’elle faiblissait tandis qu’il cuisinait, ses ordres cinglants, l’absence totale d’intimité. Il avait une telle emprise sur elle !
Elle tremblait de désir. Elle crevait d’envie d’être comblée mais l’expérience de la veille l’avait refroidie. Trop, c’est trop !
Après avoir préparé la machine, il se redressa et lui indiqua :
– Quand je viendrai te donner à boire, si tu me supplies de faire cesser, tu arrêteras de recevoir du plaisir et la douleur le remplacera.
Clara se figea.
– Après tout, tu as le droit de préférer la douleur à ces orgasmes arrachés. Moi, les deux me conviennent. Je n’ai pas de préférence. Supplie-moi de faire cesser et tu obtiendras de la douleur en lieu et place du plaisir. Tu as compris ?
– Oui, monsieur.
Il démarra la magic wand et partit travailler dans la véranda. Clara réfléchit. Que venait-il de faire ? Elle comprit. Il lui proposait une entrée dans le monde du SM. Jusque-là, la souffrance n’avait été apportée que par dose millimétrée. Quatre coups de badine le premier jour. Quelques pinces pas très douloureuses sur les seins. Une menace de fouet à laquelle Clara avait réagi en se montrant très obéissante pour y échapper.
Son attitude indiquait son dédain pour le SM. Il lui proposait de découvrir. Clara aurait-elle le cran de passer ce pas ? Aimerait-elle souffrir entre ses mains ?
C’était la première fois qu’il lui laissait le choix. Elle détesta ça. Elle ne voulait pas choisir. Elle voulait subir, ne pas avoir de responsabilité. La première fois qu’il vint lui apporter de l’eau, elle ne le supplia pas. Il fallait dire qu’elle n’était pas encore rassasiée. Pleine d’envie, elle en voulait encore.
Les orgasmes commencèrent à la faire souffrir peu après. Elle se sentait vidée mais le duo infernal continuait sans relâche à la stimuler. Elle n’en pouvait plus. Elle voulait que ça cesse.
– Par pitié, faites cesser, monsieur, s’il vous plaît, supplia-t-elle après avoir avalé le grand verre d’eau proposé.
Il hocha la tête. Il manipula son téléphone puis s’accroupit entre ses jambes. Elle poussa un petit cri lorsque quelque chose s’enficha dans les chairs tendres de ses nymphes sensibles.
– Tu souffriras jusqu’à la fin de la séance. Le délai ne changera pas et rien ne pourra te faire revenir à l’état précédent. Tu pourras hurler et supplier autant que tu veux, rien ne fera cesser.
Clara blêmit. N’avait-elle pas eu tort de le défier de cette manière ? De lui offrir cette possibilité ? Il manipula son téléphone.
– Tu es néophyte alors je vais être sympa.
Elle eut l’impression que des aiguilles de feu transperçaient son sexe, que ses chairs tendres se déchiraient.
– Arrêtez ! hurla-t-elle.
– Non, répondit-il fermement. C’est de l’électricité. Ça ne laisse aucune séquelle. Tu vas souffrir beaucoup mais dès la fin de la séance, il n’en restera rien. Tu préfères souffrir ou jouir ?
– Jouir, jouir ! répéta-t-elle en tirant sur ses liens qui ne bronchèrent pas.
– Demain, tu ne me supplieras pas de faire cesser. Au contraire, tu me remercieras du plaisir que je te permets de recevoir.
– Par pitié ! Arrêtez ça ! Arrêtez ça !
– Non, cingla-t-il avant de retourner dans la véranda.
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– Voilà à quoi sert le safeword, murmura Capucine. Il est allé trop loin.
– Non, assura Clara. Il avait raison. Dès la séance finie, la douleur s’en est allée. Aucune séquelle. Tous les jours suivants, quand il venait me donner à boire, je le remerciais du cadeau qu’il me faisait, même quand c’était trop. Il m’a montré à quel point il était bon avec moi. Sans cette leçon, je ne l’aurais pas intégré.
– Ce n’est pas bien, insista Capucine. C’est de la maltraitance. Ce n’est pas ça, le BDSM.
– Le nôtre est comme ça.
Capucine fronça les sourcils.
– Quelle est l’autre petite différence apparue ce jour-là ?
– Quand il m’a libérée, il m’a refait son shibari mais ne m’a pas relevée tout de suite pour m’amener au cabanon pour la promenade. Il m’a ordonné de rester à genoux puis il a enroulé une corde autour de mon cou. Elle était tendue mais pas serrée. Il la tenait fermement au niveau de ma nuque. Nul doute qu’il pouvait m’étrangler à volonté.
Capucine frémit.
– Il a posé mon téléphone sur un tabouret en bois devant moi et m’a susurré que je n’avais pas intérêt à dire de bêtise. Une discussion aussi simple et informelle que d’habitude.
– Ta mère ! se rappela Capucine. Oh putain ! Tu as eu cette conversation nue, attachée, au milieu du jardin avec ce malade menaçant de t’étrangler ?
– Mon sexe venait de souffrir mille morts. J’avais conscience de ce qu’il pouvait faire. Il jouait sacrément bien la scène du ravisseur qui menace sa prisonnière.
– J’ai parfois du mal à faire la différence entre le jeu et la réalité de la situation, admit Capucine.
– Ce n’était qu’un jeu, Capucine ! J’étais aux anges !
Capucine ronchonna.
– Ta mère n’a rien vu ?
– Bah, tu sais, lors de nos échanges téléphoniques, elle parle, blablabla. Elle me raconte toutes ses petites anecdotes puis elle raccroche. Moi, je me contente de « hunhun » une fois de temps en temps.
Capucine ricana.
– Forcément, admit la blonde. Il a fait quoi pendant cet échange totalement inintéressant ?
– Il a maintenu sa vigilance, la main sur la corde, prêt à intervenir au moindre dérapage.
– Hé ben ! Il ne fait pas semblant.
– Après, la vie a repris son cours et il m’a amenée au cabanon pour la promenade.
– C’est surréaliste ! Quelle est l’autre petite différence apparue mercredi ?
Capucine ne semblait pas avoir réellement envie de l’entendre. Son visage était crispé et ses sourcils froncés.
– Pendant la promenade, indiqua Clara, ll nous a amenés jusqu’à la grille d’entrée du domaine, un grand portail noir en fer forgé, magnifique d’ailleurs. Un mec attendait.
– Il a intégré un participant sans te demander ton avis ? Clara, sans déconner…
– Laisse-moi parler ! s’écria Clara et Capucine bouda. Il l’a fait entrer puis l’a guidé jusqu’à la véranda en me tenant par la bride. Il m’a attachée dehors à un arbre tandis qu’il parlait avec cet homme qui me tournait le dos. J’ai sagement attendu dehors. Après un moment, ils sont ressortis, il a repris les rênes à la main et sans monter sur le char, il a ramené son invité au portail et le mec a disparu dans sa voiture garée devant.
– Il ne t’a pas touchée ?
– Il ne m’a même pas accordé un regard. Quand nous nous sommes retrouvés seuls, j’ai fondu en larmes.
– Pourquoi ? Tu aurais préféré qu’il interagisse avec toi ? Un plan à trois te manque à ce point ?
– Je suis tombée à genoux en sanglotant. Il a retiré mon mors et m’a pris dans ses bras.
– Il peut être gentil quand il veut, en fait.
– Bien sûr, grogna Clara. Cette attitude, c’est un jeu, un simple jeu. T’as toujours pas compris ?
Capucine fit la moue.
– Il m’a demandé ce qui n’allait pas. Je n’arrivais pas à parler. Je crois que je ne comprenais pas moi-même. Il ne s’est pas agacé. Il m’a offert ses bras réconfortants. J’ai fini par me calmer, toujours déboussolée de ma réaction. Il m’a regardée dans les yeux et m’a parlé.
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– Tu sais pourquoi il t’a ignorée ? demanda-t-il.
Clara secoua négativement la tête.
– Parce qu’il sait que je suis quelqu’un de très jaloux. Or, il venait me demander une faveur. S’il avait ne serait-ce que posé les yeux sur toi, j’aurais refusé de lui donner ce qu’il demandait.
Clara gloussa.
– Si tu penses avoir été transparente, détrompe-toi. Il n’a jamais été très doué en négociation mais là, ça a été catastrophique pour lui. Nul doute que tout son sang avait déserté son cerveau.
Clara rit franchement.
– C’est grâce à toi alors merci.
Clara se sentit bien mieux.
– Ne te crois pas sans valeur. Tu ne l’es pas. Tu es une personne formidable. Il serait temps que tu t’en rendes compte.
Clara se sentit fouillée jusqu’au plus profond de son âme par son regard intense. Le moment magique cessa lorsqu’il lança légèrement :
– Prête à reprendre la promenade ?
– Oui, monsieur.
Il remit le mors, remonta sur le char et le programme habituel reprit.
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– Jusqu’à ce qu’il te ramène chez toi vendredi soir.
– Après la promenade, confirma Clara. Encore dans le jardin, il a retiré les entraves et le collier. Il m’a donné des vêtements, aussi simples que ceux que je portais à l’arrivée. Je n’avais pas envie de les mettre. Je voulais rester encore. Je n’en pouvais plus. Je désirais plus que tout qu’il me ramène chez moi. J’étais déchirée intérieurement. Je ne me souviens pas m’être habillée. Je me suis retrouvée dans le coffre, cette fois pas attachée ni bâillonnée et les yeux grands ouverts.
– Dans le coffre ? Attends… Tu veux dire que tu ne sais pas où tu as passé cette semaine ?
Clara confirma.
– Tu ne connais ni son nom, ni son adresse. C’est hallucinant de dangerosité, murmura Capucine.
– J’ai retrouvé mes réflexes tout de suite : nettoyer un peu l’appartement, réchauffer un plat tout prêt au micro-onde, naviguer sur tik-tok, me laver, me brosser les dents, passer mon pyjama, me coucher. Quand j’ai repris le travail le lundi suivant, mes courbatures avaient disparu.
– Putain ! fut tout ce que Capucine trouva à dire.
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Epilogue
Clara rentrait chez elle. Son immeuble était le suivant. Une voiture s’arrêta à sa hauteur. Il en sortit. Elle le regarda, surprise de le voir. Il lui tendit une feuille de papier. Clara s’en saisit et la déplia, dévoilant une lettre imprimée. Clara la parcourut rapidement. Quelqu’un réclamait deux millions d’euros contre la non divulgation d’une vidéo.
Clara leva les yeux sur le téléphone du beau brun pour découvrir des images animées le montrant lui en train de cravacher le cul d’une personne encapuchonnée impossible à identifier. Clara haussa les épaules.
– Vous vous en foutez, non ? dit Clara en levant les yeux sur lui.
Il rangea son téléphone. Clara poursuivit :
– Le maître chanteur promet de transmettre ce film à vos partenaires commerciaux, pas à votre épouse. J’en conclus que vous n’êtes pas marié et à moins que je n’aie vraiment rien compris, vos partenaires commerciaux étaient tous aux soirées coquines lors du salon de l’érotisme. De ce fait, ils sont déjà au courant. Que cette vidéo soit diffusée ne doit pas vous troubler plus que ça.
– C’est l’acte en lui-même que je dénonce.
– Je le conçois aisément, répondit Clara, mais pourquoi me montrez-vous ça ?
– Parce que le corbeau, c’est ta meilleure amie, Capucine.
– Quoi ? s’exclama Clara en relisant la lettre.
Elle n’en revenait pas. Capucine lui réclamait deux millions d’euros contre la non diffusion de cette vidéo ?
– Je vous jure que je n’étais pas au courant, assura-t-elle.
Elle constata son regard froid.
– Vous ne voulez plus interagir avec moi. Je comprends. Merci d’avoir pris la peine de venir me le dire.
Elle lui rendit la lettre, retenant difficilement ses larmes. Il prit la feuille et rentra dans sa voiture.
– Merci, monsieur, pour tous ces bons moments, dit-elle tandis qu’une larme dévalait sa joue.
Il démarra sans un mot et disparut au coin de la rue. Clara avança jusqu’à son immeuble. Arrivée en bas, elle sortit son téléphone et envoya « Viens chez moi. J’ai besoin de te parler » à Capucine. Clara resta là, en bas, attendant sa meilleure amie de pied ferme. La blonde arriva un quart d’heure plus tard.
– Clara ? Pourquoi est-ce que…
– Pourquoi t’as fait ça ? la coupa Clara.
– Quoi donc ?
– Je ne le reverrai jamais !
Capucine se figea puis se reprit.
– Tant mieux ! Cette relation était malsaine.
– Capucine ! s’écria Clara.
– Je l’ai fait pour toi, pour te protéger. Grâce à Francis, j’ai…
– Francis est dans le coup ? s’étrangla Clara.
– Bien sûr que non ! rétorqua Capucine. Mais quand on regarde des séries policières, il ne peut pas s’empêcher de commenter. « Ça, c’est débile ». « Ça, c’est plausible ». « Ça serait tellement plus simple de faire comme ça ». J’ai pas l’air, mais je l’écoute et j’ai retenu deux ou trois trucs. Retrouver ce malade mental n’a pas été très difficile. J’ai trouvé son identité. Il s’appelle…
– Je ne veux pas connaître son nom ! s’écria Clara. Tu as essayé de le faire chanter !
– Un million pour moi et l’autre pour toi, de quoi te permettre de te sortir la tête de l’eau. Il te doit bien ça, le salopard.
– Il m’a apporté beaucoup de bonheur. Depuis cette semaine avec lui, j’ai changé, j’ai évolué. Je me suis découvert une force que j’ignorais posséder. J’ai fait des entretiens d’embauche pour changer de job et l’un d’eux se finalise. Je vais déménager. Là-bas, les loyers sont moins élevés et mon salaire sera meilleur. J’attendais que ça soit sûr pour t’annoncer la bonne nouvelle. Je n’ai pas besoin d’un million acquis de manière aussi dégueulasse. Tu as trahi ma confiance, Capucine. Je…
Une sonnerie retentit depuis le sac à la main de la blonde. Elle sortit son portable.
– C’est Francis ! s’exclama Capucine. Il doit s’inquiéter de ne pas me voir rentrer.
La blonde décrocha en mettant son copain sur haut-parleur.
– Tu as fait chanter quelqu’un ? dit la voix grave du policier.
Capucine se pétrifia. Il y eut un petit silence puis Francis reprit :
– Il a accepté de ne pas porter plainte. Tu trouveras tes affaires sur le palier. Ne cherche pas à me revoir.
Il raccrocha.
– Je ne veux plus jamais avoir affaire à toi, annonça Clara.
Elle fit son code d’immeuble et pénétra à l’intérieur, laissant Capucine seule sur le trottoir.
Merci Myhrisse pour ce nouveau texte toujours aussi plaisant…
Pauvre Clémentine, elle a tout perdu !
Peut-on espérer une suite où Clémentine serait soumise, elle semblait bien connaître le sujet ?
Je n’ai prévu aucune suite. Quant à Capucine, pas sûr après ça qu’elle veuille tenter l’expérience…
Voilà un texte qui fait découvrir le BDSM, alors même que je ne suis pas attirée par ces pratiques. Vous avez le don de bousculer les choses dans ce récit. Bravo Myhrisse! Olga
Découvrir le BDSM avec Clara ne me semble pas une façon simple de le faire mais bon… Je conseillerais davantage Marion, Elodie ou Roxane mais après tout, pourquoi pas. Je suis ravie que vous ayez passé un bon moment en compagnie de mes mots.
Bonjour Myhrisse. Je note ces suggestions; Il y a des passages qui m’ont interpellé, d’autres gêné, car Clara va loin dans la soumission et d’autres encore, je l’avoue, excitée.
On a le droit d’être gêné voire même choqué par une scène et la trouver excitante quand même. On peut se toucher sur une lecture d’un passage que nous n’aimerions vivre pour rien au monde (ni ne souhaiterions à personne). C’est le principe du fantasme.
C’est exactement cela!
Bonjour,
Je me permets de m’immiscer dans votre échange.
Je suis entré dans l’univers littéraire de Myhrisse par sa porte BSDM, plus particulièrement en accompagnant Roxane sur une longue période de sa vie (et de celle de l’autrice).
C’est le roman que je conseille fortement à toute personne souhaitant découvrir de façon très progressive tout l’univers du BDSM, en particulier ce qui se passe dans les cerveaux (et pas uniquement celui de Roxane)…
Bonnes lectures et frissons (de peur, cérébraux, de désir, de plaisir, de compersion…)
Bonjour Myhrisse,
joli texte que je relis avec plaisir, dommage que Clara perde tout cela à cause de sa meilleure amie.
je trouve que Capucine a dépassé les bornes personnellement.
Capucine essaye de protéger son amie. Elle tient à elle. Elle est maladroite dans son aide mais ça part d’un bon sentiment. Je ne saurais pas dire qui a raison et qui a tort dans ce texte. Je laisse le lecteur libre de choisir son camp et tu as choisi le tien 🙂